#92 De Paris au Pérou

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Épisode 92 : de Paris au Pérou.

[00:00:15] Salut à toutes et à tous ! C’est un plaisir de vous retrouver pour cet épisode un peu spécial. C’est un épisode spécial parce que c’est le quatrième anniversaire du podcast. Enfin, je triche. J’ai quelques jours d’avance. La date officielle de l’anniversaire, c’est le 28 avril. Mais comme il y aura pas d’épisode la semaine prochaine, on le fête aujourd’hui.

[00:00:38] Donc oui, déjà 4 ans, le temps passe vite. Je me souviens du premier épisode que j’ai enregistré : mon vibrant hommage au professeur Stephen Krashen ! Je m’en souviens comme si c’était hier. En même temps, quand je pense à tout ce qui s’est passé ces quatre dernières années, ça me semble être une éternité. Je crois que j’ai déjà dit la même chose la dernière fois pour les trois ans. Ça y est, je suis vieux, je radote. Radoter, ça signifie qu’on répète toujours la même chose parce qu’on oublie ce qu’on dit.

[00:01:13] Bref, je veux juste profiter de ce quatrième anniversaire pour vous remercier, vous, les auditeurs et auditrices d’InnerFrench. Que vous écoutiez le podcast depuis le début ou seulement depuis hier, merci de faire partie de la communauté. C’est un honneur de vous aider à apprendre le français. Bravo pour tous les efforts que vous faites. Je suis toujours impressionné quand je reçois vos messages ou que je lis vos commentaires, je vois les progrès que vous faites et c’est un plaisir de vous aider dans votre aventure.

[00:01:48] D’ailleurs, maintenant, je suis plus seul. On est trois pour vous aider. Vous savez que l’année dernière, j’ai recruté Anna, dont vous avez entendu l’interview il y a quelques semaines. Et récemment, une nouvelle recrue nous a rejoint, Ingrid. Je vous ai déjà parlé d’elle. Vous savez qu’elle m’aide à préparer certains épisodes du podcast, comme celui sur la liberté de la presse en France, par exemple. Elle s’occupe aussi de répondre aux questions des élèves de Raconte ton histoire, notre cours avancé. Donc aujourd’hui, on va faire les présentations officielles. Vous allez entendre la voix d’Ingrid pour la première fois. On a enregistré l’interview ensemble pour qu’elle nous parle de son parcours, de son enfance en région parisienne jusqu’à son expatriation au Pérou. Je vous en dit pas plus pour ne pas tout vous dévoiler, mais j’étais très content de pouvoir discuter plus longuement avec elle parce qu’on n’avait pas vraiment eu le temps de le faire jusque là. On a découvert qu’on a pas mal de points communs.

[00:02:56] Vous allez voir qu’on n’a pas fait d’effort particulier pour adapter notre façon de parler. On parle assez naturellement. Donc, cet épisode sera un bon défi pour vous. N’hésitez pas à l’écouter plusieurs fois et à lire la transcription sur le site si vous ne comprenez pas certaines phrases. Allez maintenant, je vous laisse écouter ma conversation avec Ingrid.

Hugo: [00:03:19] Salut Ingrid !

Ingrid: [00:03:35] Salut Hugo !

Hugo: [00:03:35] Bon, je suis très content de t’avoir comme invitée dans le podcast aujourd’hui. L’idée, c’est de te présenter aux auditeurs parce que tu as rejoint l’équipe InnerFrench récemment. Et ça va aussi être l’occasion pour nous de faire un peu plus connaissance parce que, bon, t’as rejoint l’équipe assez rapidement. Et on a pas eu le temps vraiment de se poser, et de parler. Donc voilà, je suis très content de t’avoir dans le podcast.

Ingrid: [00:04:04] C’est vrai. Bah moi aussi, je suis très contente. En plus, avec la distance, on n’a pas eu l’occasion de discuter un peu tranquillement, comme ça, de tout et de rien. Donc ça me fait plaisir qu’on puisse le faire. Et puis qu’on puisse partager avec, avec tous les followers d’InnerFrench.

Hugo: [00:04:23] Justement, donc, tu parles de la distance. Est-ce que tu peux nous dire où tu es en ce moment ?

Ingrid: [00:04:28] Alors là, tout de suite, je suis à Lima, au Pérou. Donc ça fait déjà plusieurs années que je suis au Pérou. Euh… Et bon, bah en plus, avec en ce moment la pandémie, tout ça… je suis restée ici toute la période du covid,

Hugo: [00:04:46] Donc on va parler justement de ton expatriation au Pérou. Je pense que c’est une aventure qui va intéresser pas mal d’auditeurs. Mais pour commencer, j’aimerais que tu te présentes pour, voilà, que les gens sachent un peu à qui ils ont affaire.

Ingrid: [00:05:05] Bah alors bah du coup, moi c’est Ingrid. J’ai 29 ans, je suis Française, j’ai grandi en région parisienne. J’ai fait mes études à Paris, donc pur produit de banlieue parisienne, puis de la capitale. J’ai fait des études de journalisme et donc j’ai commencé à travailler à Paris comme journaliste. Ensuite, j’ai voyagé. J’ai voyagé… bon ça on pourra en reparler… j’ai fini par rester au Pérou sans l’avoir forcément planifié. Et en fait, j’ai… Quand j’étais sur place, comme le travail de journaliste, je le continuais, mais ça me prenait pas nécessairement beaucoup de temps, je me suis dit qu’il était temps de réaliser mon deuxième rêve, qui était d’être prof, puisque j’ai toujours voulu être soit journaliste, soit prof. Et voilà. Et c’est comme ça que j’ai, j’ai commencé à donner des cours de français. J’ai fait une formation et j’ai fini par travailler un petit peu comme journaliste et un petit peu comme prof. Et donc à jongler entre les deux jusqu’à atterrir à InnerFrench où je fais vraiment un peu des deux. Mi journaliste, mi-professeur.

Hugo: [00:06:22] Ouais, pour moi, j’avoue que c’était vraiment le profil parfait. Je cherchais quelqu’un qui soit capable de m’aider à créer du contenu. Mais qui ait cette approche aussi pédagogique, et c’est pas si facile que ça à trouver. Je pense qu’avec Internet, depuis quelques années, il y a de plus en plus de profs de FLE qui se mettent à la création de contenu. C’est super parce qu’il y a de plus en plus de choses, de ressources qui sont disponibles pour les apprenants. Mais voilà, les profs ont pas toujours la rigueur journalistique. Ou voilà, c’est pas non plus quelque chose qui peut s’improviser. Et toi, tu as vraiment été formée à ça, t’as vraiment fait tes études en journalisme.

Ingrid: [00:07:10] Ouais. Ouais du coup, pour moi aussi, ça a été un peu le coup du destin, quelque chose qui me permette de m’épanouir sur les deux choses que j’aime finalement. Donc, ouais, je suis plutôt contente qu’on se soit trouvés professionnellement. C’est plutôt cool pour les deux côtés.

Hugo: [00:07:30] Et pour la petite histoire, je m’étais servi dans des articles pour un épisode du podcast. C’était celui sur l’expatriation et l’immigration. Quand tu as postulé à l’offre, justement, je me suis dit que j’avais déjà vu ton nom quelque part, mais j’arrivais plus à m’en souvenir. Après t’avoir googlée, là voilà, j’ai fait le rapprochement et j’ai vu que tu étais l’auteur justement de cet article, et je me suis dit que le monde est petit.

Ingrid: [00:07:58] Ouais, effectivement encore plus… C’était encore plus un signe que… On pouvait bosser ensemble et qu’on avait des idées de sujets un petit peu en commun.

Hugo: [00:08:08] Exactement. Alors, en te présentant, tu as dit que tu étais un pur produit de banlieue parisienne. Et je sais que dans le cours Raconte ton histoire, je parle un peu de la banlieue. Et c’est vrai que c’est un mot qui est assez compliqué à expliquer en français parce qu’il peut avoir plusieurs significations. Donc, toi, qu’est-ce que tu entends par pur produit de banlieue parisienne ? Dans ton esprit, à quoi ça correspond ?

Ingrid: [00:08:34] Bah, c’est simplement que j’ai grandi dans la périphérie de Paris, donc dans dans une petite ville, bon pas si petite, mais dans une ville des Yvelines, dans le 78. Et en fait, j’ai… Si, j’ai de la famille en dehors de la région parisienne. D’ailleurs, quand je suis à l’étranger, je dis que je suis de Paris, mais que ma famille est dans les Alpes, comme ça, ça permet aux gens de situer un petit peu que je suis, pas que de là-bas.

[00:09:09] Mais en réalité, si, j’ai grandi en banlieue, qui donc pour situer, c’est comment dire… C’est vrai qu’il y a beaucoup de clichés autour de la banlieue, de fantasmes. Pourquoi ? Parce qu’il y a certaines banlieues qui sont, disons, très populaires et qui, dans l’histoire, ont eu quelques grands faits divers du fait d’être des territoires qui sont un peu oubliés, des territoires où il y a parfois un peu plus de violence ou un peu plus de pauvreté. Et donc c’est vrai que, notamment quand j’étais au collège, par exemple, je me rappelle il y a eu quelques mois où il y avait eu des voitures qui avaient été brûlées, etc. des émeutes, qu’ils appelaient ça. Donc, dans l’esprit de certaines personnes qui n’ont pas vécu là bas, toute la banlieue est un endroit horrible où les gens sont perdus. Mais en fait, c’est pas le cas.

[00:10:08] Déjà, il y a des banlieues qui sont très riches, très, très riches. Il ne faut pas oublier que Versailles ou Neuilly-sur-Seine, c’est en banlieue. Et puis après, il y a beaucoup d’endroits qui sont simplement moyens, où les gens coulent une vie paisible. Et bon, on va dire que moi, là d’où je viens, c’est exactement entre les deux. J’ai eu… Voilà, la ville d’où je viens a ses quartiers un petit peu plus populaires, et puis aussi des endroits plus plus bourgeois, on peut dire.

[00:10:42] Et moi, là où j’ai grandi, c’était vraiment exactement entre les deux, ni ni l’un ni l’autre. Mais c’est vrai que du coup, j’ai grandi à coté de Paris, la première grande ville où je suis allée quand j’étais au collège pour aller faire les magasins, c’était Paris. Et quand j’ai commencé à étudier à Paris, je sentais la différence. Le fait que je vienne de banlieue, ça, ça me donnait une identité un petit peu particulière aux yeux de certaines personnes. Et de fait, mes amis que je me suis faits à Paris en général, c’étaient des personnes qui aussi avaient grandi dans une banlieue et avaient vécu la même, la même réalité.

Hugo: [00:11:21] Est-ce qu’on t’appelait «la banlieusarde» ou pas ?

Ingrid: [00:11:25] Euh… Ça m’est arrivé, ouais. Alors c’est drôle parce que quand j’étais en dehors de Paris, de la région parisienne, on m’appelait la Parisienne et quand j’étais à Paris avec des Parisiens, on m’a déjà appelé, ouais, la banlieusarde. Surtout à l’époque où j’avais pas encore les moyens de vivre toute seule. Et du coup, je faisais les allers-retours. Donc, c’est vrai que j’allais en soirée, il fallait que je dorme chez les gens. Ou alors il fallait que je rentre avant minuit pour prendre le dernier train. Sinon, c’était le Noctilien, le bus de nuit qui est un bus horrible, donc… Donc, oui, c’était une réalité un petit peu différente avec tout le chemin que je devais faire. Et puis mon autre vie que j’avais en dehors de Paris.

Hugo: [00:12:07] Ouais donc, justement pour expliquer, ce mot “banlieusard”, et “banlieusarde” au féminin, c’est un nom qu’on utilise. C’est plutôt familier, c’est un peu péjoratif, pour qualifier quelqu’un qui habite en banlieue. Et en général, c’est plutôt les gens de la ville, donc, par exemple les Parisiens, qui se distinguent des banlieusards. Et voilà dans la bouche d’un Parisien, banlieusard, c’est plutôt péjoratif. C’est plutôt négatif.

Ingrid: [00:12:36] Et dans la bouche aussi, d’un, en réel… En vérité, d’un provincial aussi. J’ai rencontré beaucoup de personnes qui venaient pas de Paris, qui ont monté à la capitale pour faire leurs études. Et quand on leur disait “non, mais moi, j’ai… j’hab… j’ai pas d’appartement à Paris, je retourne chez mes parents en banlieue bah tous les jours”. Ils te regardaient un peu, genre “ah ouais, ouais tu viens de banlieue”. Alors que bon après, quand ils connaissent mieux, les gens en général, ils comprennent que c’est pas du tout l’image qui a pu être véhiculée dans les médias, en particulier quand nous, on était jeune et que c’était un peu l’époque, la grande époque des reportages télé qui font peur,

Hugo: [00:13:23] C’est vrai. Et comme tu l’a rappelé au début, tout dépend vraiment de la banlieue dans laquelle tu vis. Ce mot, il recouvre une réalité, vraiment, vraiment variée.

Ingrid: [00:13:37] Ouais.

Hugo: [00:13:37] Et pour toi, c’était toujours une évidence, pendant… au collège et au lycée, qu’un jour, tu irais vivre à Paris ? Que tu irais étudié à Paris ? Ou c’est arrivé finalement un peu par hasard ?

Ingrid: [00:13:51] Ah non, c’était 100% depuis l’enfance. Enfin, euh… De fait, je pense que quand tu grandis en banlieue parisienne et que du coup, tu veux faire des études que tu te vois… Voilà, moi, très jeune, je disais soit je serai journaliste, soit je serai prof et dans tous les cas, je voulais faire des études. Le seul endroit où je me visualisais, c’était à Paris. J’ai jamais envisagé, c’est vrai, et ça, c’est un défaut, je pense de la France qui est si centralisée : je me suis jamais vu faire des études ailleurs qu’à Paris, jusqu’à bien sûr, plus tard ou quand tu te rends compte de la réalité pour aller en master ou quoi, j’ai envisagé d’aller ailleurs. Mais au début, quand j’étais jeune, c’était vraiment… Je pense que si on retrouvait mes carnets de petite fille ou d’ado, où j’écrivais mes rêves dans la vie, il y avait avoir un appartement à Paris, boire un Starbucks à Paris. Le truc super cliché de : Paris, Paris.

Hugo: [00:14:57] Alors que c’est exactement les mêmes Starbucks à Paris et en banlieue…

Ingrid: [00:15:00] Ouais… Nan, mais à l’époque, je crois, je pense qu’il y avait pas de Starbucks en banlieue. Il y a des choses que… Ouais, il y avait pas les mêmes magasins. C’était… J’avais des copines qui avaient, par exemple, leurs mamans qui les emmenaient faire les magasins à Paris. Et c’était : waouh ! Parce que moi j’allais au Gémo d’Élancourt. Donc ouais, il y avait quand même une réalité différente. Mais c’est vrai que au final, j’aurais très bien pu aller dans une ville de province pour faire des études en particulier. La vie aurait été la même. Finalement, la vie étudiante.

Hugo: [00:15:40] Justement, concernant tes études, pourquoi tu as choisi le journalisme ?

Ingrid: [00:15:46] Bah alors là, ça, c’est une très bonne question. Parce que du coup, ça remonte à tellement loin. Le fait de vouloir être journaliste que j’ai eu plusieurs phases. En fait, je pense qu’au tout début, c’est la base de base, c’est que j’adore écrire. Depuis toute petite, j’adorais lire et écrire et on va dire, échanger, transmettre des idées. D’où le rapprochement avec professeurs ou journalistes. Puis après, j’ai eu plusieurs phases. J’ai voulu être journaliste de mode, ce qui me fait rire maintenant, parce que quand on sait maintenant mon rapport avec la mode… Mais à une époque, ouais, je voulais… Plus parce que je lisais des magazines féminins qui avaient des tons un peu légers, très chronique, très, je raconte ma vie d’une manière drôle, etc. Très Sex and the City, finalement. Et après, j’ai eu une autre phase à partir de 15 16 ans, où j’ai commencé à recevoir le magazine L’Express à la maison, gratuitement. Et donc, mes parents, évidemment, ne lisaient pas du tout ce genre de journaux politiques ou quoi. Ils m’ont jamais transmis un amour de… J’ai jamais vu Le Monde ou Le Figaro ou Libération à la maison, nan, c’est des choses que j’ai découvert après. Mais quand je recevais L’Express à la maison, j’ai commencé à me dire : “ah ouais, non, pas journaliste de mode, je veux être journaliste politique”. Et là, je me suis mise à fond à souligner, à surligner les interviews des politiques, etc. Et voilà, et au final, je me suis un peu calmée sur les deux et c’est pour ça que j’ai fait plus des sujets de société qui, finalement, permettent à la fois de parler de la vie quotidienne, des choses un peu plus chronique, un peu plus témoignages de vie, mais sur des sujets qui touchent quand même un peu la politique, mais pas la politique politicienne. Plus vraiment des choses de la vie réelle.

Hugo: [00:17:47] Et c’est difficile de rejoindre une école de journalisme à Paris ?

Ingrid: [00:17:52] Ouais. Ouais, c’est ultra… Alors moi, j’étais… J’ai eu la chance d’intégrer une association de préparation aux concours que je conseille totalement. Qui est vraiment une association génialissime qui s’appelle La Chance au concours. Donc, c’est une asso de journalistes qui prépare des étudiants boursiers, donc des personnes qui… Boursiers, c’est des personnes qui, qui en fait, sont… n’ont pas forcément… leur famille, n’a pas forcément beaucoup de ressources. Et qui donc reçoivent pour faire leurs études des aides de l’État. Donc, il y a des boursiers avec plusieurs échelons : il y a des personnes qui reçoivent une petite aide et d’autres plus importante. Et donc La Chance aux concours, c’est une association qui nous permettait, avec un groupe qui avait été sélectionné sur la motivation, la situation des parents, le parcours, etc. On allait tous les samedis, il me semble, là-bas pour préparer les concours. C’est des examens qu’on passe, où il y a plusieurs étapes. Donc, je pense que tu as déjà expliqué ça par rapport aux concours en école de commerce. Pour ceux qui te suivent, ils doivent déjà savoir ce que c’est ?

Hugo: [00:19:18] Ouais, j’en ai parlé, mais seulement dans le cours Raconte ton histoire. Dans le podcast, je pense pas l’avoir évoqué, donc c’est bien que tu te rappelles.

Ingrid: [00:19:27] Donc du coup, pour les grandes écoles, c’est à dire les écoles de journalisme, les écoles de commerce, d’ingénieurs, pour entrer en fait il y a un nombre de places limitée et donc pour faire partie des heureux élus, il faut passer un concours. En général, c’est un concours écrit d’abord où il y a une première sélection. Et puis après, c’est un oral. Donc moi, j’ai passé tous les concours et bon de fait, j’ai, je pense que j’ai de la chance parce que je suis… J’ai toujours été très bonne élève et assez scolaire, donc j’ai eu la chance d’être admissible à tous les concours. Donc une quinzaine, je crois qu’il y a 15 écoles reconnues en France et j’ai dû en passer 10 parce qu’il y a des masters, quelque chose comme ça.

Hugo: [00:20:13] Alors là, ça vaut la peine parce qu’il y a souvent une confusion avec le verbe passer pour les examens.

[00:20:19] Ah oui.

[00:20:20] Parce qu’en fait en français, ouais, passer un examen, ça veut dire essayer cet examen, mais ça ne veut pas nécessairement dire le réussir. Donc toi, tu… voilà, tu t’es inscrite à tous les examens, tu as passé tous les examens et tu les a réussis.

Ingrid: [00:20:35] Ouais, c’est ça, donc j’ai été admissible à tous les concours et j’étais admise à tous, sauf un, celui qui est classé… l’École de Lille. Par contre, ouais j’ai pu choisir, j’ai eu la chance de pouvoir choisir, entre guillemets, la meilleure école. Je dis entre guillemets parce que… La meilleure école de Paris. Parce qu’en réalité, moi, je pense que à partir du moment où tu es pris en master, que tu es dans une école reconnue, que t’es avec des supers professeurs, des camarades qui vont être des futurs confrères, etc. Dans tous les cas, c’est des bonnes écoles. Il y a… Les histoires de celle ci est meilleure qu’une autre, ça dépend vraiment de chaque personne et de ce qu’on fait à l’école. Mais en tout cas, oui, c’était, c’était difficile et j’ai eu la chance d’avoir cette association qui m’a préparée parce que… Il y a beaucoup d’autres personnes qui ont… qui peuvent avoir des prépas privées, en fait, et qui donc payent assez cher pour pouvoir rentrer dans la formation.

Hugo: [00:21:43] Enfin, en tout… Elles payent pas forcément pour… Elles payent pour être préparées

Ingrid: [00:21:46] Pour être préparées, oui.

Hugo: [00:21:47] …avec les meilleurs professeurs, etc.

Ingrid: [00:21:49] Tu peux payer énormément une préparation et ne pas être du tout admis dans l’école.

Hugo: [00:21:56] Exactement. Non, parce que c’est pas comme dans certaines universités américaines où là, vraiment, on peut… Pas toujours officiellement, mais acheter sa place. En France, il y a toujours quand même cette histoire de concours à passer. Et ça, c’est la distinction entre grandes écoles et universités. Les universités, il n’y a pas de concours, donc la sélection, elle, se fait plutôt sur dossier, en fonction des notes que les élèves ont au lycée. Ça, le concours, c’est seulement pour les grandes écoles, mais c’est pas pour toutes les études supérieures en France. Peut être qu’on fera un épisode sur ça. Je pense que ça peut intéresser pas mal de monde.

Ingrid: [00:22:37] Ouais, ça peut être intéressant parce qu’en plus, les études en France, c’est vrai que c’est un grand mystère mondial. Ça n’a rien à voir avec le système des autres pays. Ça peut être intéressant.

Hugo: [00:22:50] C’est vrai. Et donc est-ce que ça valait la peine tous ces efforts pour intégrer une école de journalisme ? Est-ce que t’as trouvé que ces études t’ont vraiment formée, t’ont vraiment apporté quelque chose ?

Ingrid: [00:23:02] Ouais. Ouais, ouais, complètement. J’ai complètement appris le métier de journaliste. En plus, j’ai eu la chance de… Je fais que de dire que j’ai de la chance. Mais oui, j’aime reconnaitre que, voilà il y a des personnes qui n’ont pas forcément toutes les options qu’on a. Et c’est vrai que j’ai trouvé que parfois, c’était plus une question de chance, que de mérite. Mais ouais… Donc bref, j’ai pu, j’ai pu faire mes études, mon master en alternance. Donc ce qui m’a permis de travailler. Donc l’alternance, c’est quand on est à moitié dans une entreprise et à moitié dans la formation. Et quand on est en formation, on reçoit notre salaire, qui est pas un salaire complet, mais qui est une rémunération intéressante par rapport à quelqu’un qui fait des études et qui donc doit parfois travailler à côté ou quoi. Et donc ça m’a permis de travailler comme journaliste, d’avoir déjà ma carte de presse, d’être déjà professionnelle, alors que j’étais encore en master. Après, j’ai pu côtoyer des professeurs qui étaient des très grands journalistes, des… Voilà, travailler comme journaliste, être formée sur le tas, pouvoir connaître la réalité, etc. Et vraiment, ça a été une très, très bonne formation qui… Que je continue à être journaliste ou pas, parce qu’après le marché du travail, en tant que journaliste, c’est complètement autre chose, ça ne dépend plus du tout de ta formation. Ça reste difficile pour tout le monde. Mais dans tous les cas, c’est une formation intellectuelle qui me servira toute ma vie, qui me sert chez InnerFrench et qui m’a servi aussi en tant que professeur ou… et même dans la vie, dans la vie quotidienne, finalement, pour mieux comprendre le monde, mieux s’exprimer, mieux appréhender les médias et toutes les sources d’information qu’on trouve autour de soi.

Hugo: [00:25:02] Et… Tu as fait ton alternance dans quelle rédaction ?

Ingrid: [00:25:05] Alors, j’ai fait mon alternance dans une rédaction qui s’appelle Le Figaro Classifieds, qui est en fait une des branches du Figaro. Mais qui n’est… En fait, j’étais sur des sites Internet qui étaient dédiés à l’emploi, à la recherche d’emploi, à la formation. Des choses comme ça, donc très spécialisé. Et ça aussi, ça m’a aussi bien formée parce que le fait d’être très spécialisée sur quelque chose, ça te permet d’apprendre d’une autre manière, de faire des interviews beaucoup plus techniques, de s’informer sur l’actualité, de faire de la veille

beaucoup plus précise, etc. Donc c’est aussi quelque chose qui… qui a été une très bonne formation.

Hugo: [00:25:50] Ouais, ça je comprends tout à fait l’attrait de cette spécialisation parce que justement, avec le podcast, j’ai couvert quand même pas mal de sujets, des sujets à l’origine qui m’intéressaient, et que j’avais envie de creuser un peu. Mais ce, c’est jamais possible d’aller vraiment au cœur du sujet, de lire tout ce qui est disponible dessus. C’est vrai que c’est assez frustrant en fait, d’être plutôt généraliste, de passer d’un sujet à l’autre. On a quelques jours pour se documenter, essayer d’avoir un fil directeur, un axe. Mais c’est un peu frustrant en fait d’être généraliste, et de pas être vraiment expert dans un domaine, et d’être sûr de tout ce qu’on raconte. Donc j’imagine que ouais, ça doit être difficile pour les journalistes qui ont vraiment cette pression du temps, en plus. Quand il faut qu’un article soit prêt tel jour à telle heure, il faut qu’il soit prêt. Sinon, il ne peut pas partir en impression. Alors que moi, comme vous le savez avec le podcast, bon je suis pas toujours très régulier. Mais ouais, je comprends que ce soit quelque chose qui t’a plu. Et à ce moment-là, tu as réalisé aussi ton rêve d’avoir un appartement à Paris.

Ingrid: [00:27:07] Ouais. Ouais, ouais. J’ai eu un premier studio quand je préparais les concours. Je me rappelle que… J’étais acceptée à La Chance au concours, donc, donc j’ai su que j’allais pouvoir préparer les concours de façon gratuite. En plus, avec des aides financières parce que les concours, parfois, il faut payer les droits d’inscription ou le voyage quand c’est des concours en province, etc. Et La Chance aux concours se chargeait de rembourser ces frais. Je me souviens que là, je me suis dit : “bon, la prochaine étape, c’est vivre à Paris. Parce que comment je vais faire les allers retours si je passe trois heures (parce que c’était une heure et demie pour aller à Paris, une heure et demie pour rentrer), je vais passer trop de temps dans les transports, et je ne vais pas pouvoir être efficace.” Et donc j’ai fait une espèce de présentation PowerPoint à mes parents pour leur expliquer que c’était vraiment important que je puisse avoir un petit studio à Paris qui puisse m’aider. Et puis, que, l’année suivante, j’allais probablement être en alternance et pouvoir à nouveau assumer financièrement, etc. Et donc, en voyant toute ma motivation et en voyant à quel point je savais ce que je faisais, ils ont accepté et donc j’ai réussi à trouver mon petit studio pas cher, bien situé, etc. Qui était pour moi un super plan, jusqu’à me rendre compte, évidemment, qu’il était insalubre. Mais ça c’est une autre histoire… Mais bon de toute façon j’étais contente.

Hugo: [00:28:35] Qu’est ce que ça veut dire… Qu’est ce que ça veut dire insalubre ? Tu peux expliquer pour les auditeurs ?

Ingrid: [00:28:39] Ouais insalubre, en fait, c’est un immeuble ou un appartement qui n’est pas sain, donc qui a des problèmes d’humidité ou alors des problèmes d’isolement. Ça peut être quand il y a des rats, par exemple. Voilà tout ce qui fait qu’un endroit n’est pas vivable, en fait. Et donc, dans mon cas, c’était humide, donc tellement humide que les murs sont devenus verts avec de la moisissure, etc. Et voilà, c’était… Mais bon, à Paris, ce genre d’histoire est très… n’est pas du tout rare, et ça fait partie du folklore du début de vie parisienne d’être dans un petit appartement pourri

Hugo: [00:29:18] Ça fait partie de l’expérience.

Ingrid: [00:29:22] Voilà, c’est ça. Donc j’étais content quand même.

Hugo: [00:29:25] Et tu étais dans quel arrondissement ?

Ingrid: [00:29:27] Dans le 18ème. Dans le 18ème, j’ai toujours… En fait j’ai fait une prépa dans le dix… À Place de Clichy et à partir de là, je suis tombée amoureuse du 18ème, de Montmartre, etc. Toutes mes… Tous mes copains étaient aussi là bas. Donc quand j’ai cherché un appart, j’ai cherché vraiment que dans un quartier en particulier autour du métro Lamarck-Caulaincourt. Très cliché, parce que maintenant, à chaque fois que je vois des photos de Paris sur Instagram ou quoi, c’est toujours des… C’est toujours exactement ma rue ou les alentours de là où je vivais.

Hugo: [00:30:07] C’est vrai que c’est un quartier qui est devenu très, très populaire ces dernières années, qui était pas si cher que ça en plus, au départ.

Ingrid: [00:30:13] Non même, même quand j’ai déménagé. Finalement, c’était… C’était pas très cher. C’est aussi pour ça que tous mes amis étaient restés là bas et que c’était un quartier. C’est un quartier qui était beau, qui avait vraiment une identité particulière et en même temps, les apparts n’étaient pas si chers que ça par rapport à d’autres quartiers, notamment dans les zones étudiantes, dans le cinquième ou quoi, où là vraiment c’était hors de prix.

Hugo: [00:30:39] Et comment ça s’est passé après tes études ? Le début de ta carrière ?

Ingrid: [00:30:44] Alors, du coup, j’ai commencé en étant pigiste. Tout de suite après la fin de mon alternance, j’ai commencé à travailler comme pigiste. Et puis après, j’ai eu une expérience.

Hugo: [00:30:58] Tu peux expliquer ce que c’est un… un ou une pigiste ?

Ingrid: [00:30:58] Pigiste, c’est un journaliste qui travaille à la pige et donc la pige c’est un contrat ponctuel, donc c’est un contrat de salarié, mais seulement pour une mission, une journée. Donc, ça permet de travailler de façon indépendante pour plusieurs médias. C’est comme si on était, pour une journée embauchée par un média, et puis le jour suivant, pour un autre, etc. Donc c’est très précaire. Donc, c’est pas du tout quelque chose qui est économiquement souhaitable ou qui est facile. Parce que bah pour trouver un appartement, pour avoir un prêt auprès de la banque, ces choses-là, c’est difficile. Mais c’est vrai que moi, en étant jeune et en n’ayant pas forcément envie d’une très grande stabilité au début, ça me paraissait être plutôt la possibilité d’avoir plein d’opportunités, d’être libre, de faire des choses différentes, etc. Donc voilà.

Hugo: [00:31:58] Donc, c’est un peu comme free-lance. Mais attention, pigiste seulement dans le journalisme. Donc, ce n’est pas l’équivalent de free-lance, c’est seulement pour le journaliste free-lance.

Ingrid: [00:32:09] Parce que free-lance, on est son propre patron alors que journaliste pigiste, c’est que pour les journalistes, c’est un type de contrat bien particulier qui permet d’être quand même salarié d’une entreprise, mais de façon ponctuelle, pas sur des contrats de six mois ou des choses comme ça. Donc là après c’est des détails administratifs, mais que je précise parce que c’est vrai que c’est important dans la profession de faire la différence entre les deux. Et voilà.

Hugo: [00:32:40] Très bien, donc tu as commencé comme pigiste. Est-ce que dès le départ, tu avais des thèmes privilégiés ? Ou est-ce que tu as cherché à te positionner dans un secteur particulier, comment tu as fait au début pour trouver des contrats, justement ?

Ingrid: [00:32:55] Alors, j’ai trouvé un contrat assez régulier dès le début. Et puis après, j’ai envoyé des mails. Des choses comme ça. Et puis finalement, je ne suis pas restée pigiste très longtemps au début, parce que j’ai eu une opportunité qui s’est présentée pour un média que j’adorais. Mais vraiment, j’adorais, qui est Les Échos Start, qui est un média qui… Des Échos, donc le jour, le premier journal économique de France. Mais c’est le site web qui était réservé aux jeunes, à la start-up, ces choses-là, qui ne sont pas forcément des choses qui me, que j’adore, en soi…

Hugo: [00:33:38] la “Start-up Nation”

Ingrid: [00:33:38] …la Start-up Nation ! Voilà, c’est des choses que je critique beaucoup, mais à l’intérieur, c’est, c’est un média qui permettait de parler de choses un peu sur faire sa vie à l’étranger. Changer complètement de carrière, avoir un travail qui ait du sens. Des choses comme ça, en fait, c’est plutôt c’était le contre-sens de la vie dans les grosses entreprises. C’est un peu le média pour les Hugo, finalement, les jeunes qui sortent d’écoles de commerce et qui se rendent compte : “mais qu’est-ce que je fais là ? Ça n’a aucun sens, je veux faire quelque chose de plus intéressant”. Donc, c’est vrai que ça me permettait d’écrire pour des personnes qui, qui peut être, avaient cru que leur vie allait être toute tracée et finalement se rendaient compte que ils avaient envie de faire d’autres choses, qu’ils avaient envie de s’intéresser à des choses, à s’intéresser à des choses plus sociales, qu’ils avaient envie de voyager… Des choses comme ça. Et donc, j’ai commencé à travailler pour les Échos Start. J’ai continué très longtemps puisque j’ai travaillé 6 mois en rédaction, puis j’ai travaillé avec eux, comme pigiste. Et là, je me suis spécialisée de plus en plus sur justement, l’expatriation, qui est un mot que j’aime pas trop, mais que l’on comprend. C’est le fait d’aller vivre à l’étranger de façon volontaire, donc qui est une immigration, mais une immigration de riches, en réalité, de personnes occidentales qui ont la chance de pouvoir voyager, etc. Comme moi, j’ai pu faire et donc je me suis spécialisée petit à petit sur ce genre de mode de vie. En fait, des personnes qui travaillent en voyageant ou qui font des années sabbatiques ou qui vont à l’étranger pour trouver l’inspiration, voilà des choses comme ça.

Hugo: [00:35:22] Et c’est en écrivant ces articles que toi, tu as commencé à prévoir de t’expatrier, ou alors au contraire c’était une idée que tu avais déjà dans un coin de la tête, et justement, tu as pu la creuser en interviewant des gens etc ?

Ingrid: [00:35:38] Alors là, c’est vraiment une question de qui de la poule ou de l’oeuf est arrivé en premier parce que je pense que j’avais déjà au fond de moi l’idée puisque j’ai toujours voulu travailler de façon indépendante, etc. J’avais jam… J’avais pas mal voyagé quand j’étais… À partir du moment où j’étais étudiante, j’avais profité du fait qu’en Europe, c’est assez facile de faire des week-ends à l’étranger, etc. Mais j’étais jamais sortie d’Europe et c’était quelque chose que je voulais vraiment, je sentais que j’étais appelée à voyager et à sortir, à connaître autre chose. Et plus j’écrivais sur des personnes qui l’osaient et plus je me disais : “mais qu’est ce que tu fous encore à Paris ?” Genre vraiment, c’est… À un moment, je me suis dit : “mais attends, c’est ridicule d’être là à écrire toute la journée…” Parce que tous les sujets que je proposais, c’était “Jobs de rêve ! Ils voyagent ! Ils travaillent tout en voyageant ! Ils ont fait une année sabbatique, etc.” Et donc…

Hugo: [00:36:41] Et pourquoi tu as choisi le Pérou ?

Ingrid: [00:36:43] Donc, pourquoi le Pérou ? Parce que donc moi, j’ai fait classe européenne espagnol au collège, donc collège-lycée. Classe européenne, c’est une option en France qui permet de apprendre une langue de façon un peu plus approfondie, avec des heures supplémentaires. Donc, en apprenant aussi la géographie, l’histoire, etc. Et donc, dans cette classe, évidemment, on faisait l’histoire de l’Espagne, mais aussi de toute l’Amérique latine. Donc, avec ma meilleure amie, on était restées sur l’idée que quand on sera grandes, on voyagera en Amérique latine et donc elle m’a accompagnée pour les deux premières semaines de mon voyage. Et donc, c’est elle qui a choisi de commencer par le Pérou. Dans tous les cas, moi, je voulais aller en Amérique latine. Je pensais à d’autres destinations comme Cuba, Cuba qui m’a toujours beaucoup attiré aussi. Ou bon voilà toute façon je voulais faire tout le continent, pratiquement. Et donc, c’est elle qui a dit “Allez, moi je vais aller au Pérou, je veux voir le Machu Picchu, etc”. Donc voilà, c’est comme ça que je me suis retrouvée au Pérou en juillet 2017.

Hugo: [00:37:55] Donc à la base, c’était simplement censé être un voyage ?

Ingrid: [00:37:58] Ouais. Euh moi, j’avais pris un billet aller, mais je n’avais pas pris de billet de retour. Donc déjà là, il y avait quelque chose un petit peu. J’avais pas prévu de date de retour. J’avais dit à ma famille, mes amis, je pense que je reviens à peu près pour fin novembre début décembre, que c’est mon anniversaire et Noël. Donc ça me paraît assez assez correct comme date de retour. Et mais voilà, j’avais pas d’itinéraire précis, j’avais prévu quelques petits, quelques petits spots sur la route, retrouver certaines personnes, etc. Mais voilà, j’avais pas une idée très précise de ce que j’allais faire, ni de quand j’allais rentrer.

Hugo: [00:38:41] Et tu avais rendu les clefs de ton appartement ? À ton travail, tu leur avais dit tu partais ou ?

Ingrid: [00:38:47] Ouais, alors mon travail. j’ai eu cet dilemme qui n’a pas été un dilemme, c’est que j’ai été interviewée, etc. J’avais fait tous les entretiens pour un CDI tout en me disant “mince, qu’est ce que je fais ? J’ai pas envie d’un CDI, mais j’ai très envie de ce travail”. Et au final, encore une fois, le destin. Finalement, le poste qu’ils avaient de libre, c’était que pour 6 mois, parce qu’il y a eu un petit changement interne. Donc en fait là, pour moi, ça a été vraiment la décision. C’était évident. C’était…

Hugo: [00:39:19] C’était un signe.

Ingrid: [00:39:19] Voilà, c’était un signe totalement. Et pour l’appartement, j’étais en coloc chez une copine. C’était son appartement à elle, donc que j’avais sous-loué à une autre personne et donc j’avais laissé quand même mes affaires là-bas. Donc c’est vrai que quand j’ai décidé… Quand j’ai décidé de ne plus rentrer, j’ai dû appeler ma copine, lui dire “Je suis désolée, je rentre plus”. Et puis j’ai deux… J’ai plusieurs potes en fait qui sont allées chez moi et qui ont fait tout mon, qui ont fait mon déménagement pour moi, qui ont mis mes affaires dans des valises, etc. Donc ça a été un peu,

Hugo: [00:39:59] Ça c’est des vrais amis.

Ingrid: [00:40:01] Ouais, c’est vrai que du coup je leur ai fait peser quelque chose d’assez lourd. Je les remercie.

Hugo: [00:40:08] Donc, tu es arrivée au Pérou avec ta meilleure amie, et tu es restée là-bas, finalement ? Ou t’as voyagé… comme… tu as fait ce que vous aviez prévu et ?

Ingrid: [00:40:20] Alors j’ai fait, donc là c’est l’histoire, le fond de l’histoire pourquoi je suis resté au Pérou ? J’ai fait 2 semaines, j’ai voyagé pendant deux semaines avec elle et après, et elle est repartie. Et c’est là qu’entre en scène celui qui est devenu mon mari aujourd’hui que j’ai rencontré du coup le jour, le premier jour où j’étais toute seule, qui m’a fait visiter sa ville. Et en fait, on s’est jamais quitté. Il a voyagé avec moi. On est partis jusqu’à la frontière de l’Équateur et après, j’ai continué à voyager toute seule. Mais tout en restant en contact. On s’est retrouvé en Colombie et de là, on a décidé de.. Je suis repartie au Pérou. On a voyagé de nouveau en Bolivie, au Chili. Mais petit à petit, le Pérou est devenu un peu ma deuxième maison. C’est vrai que du coup, j’y suis retourné avec un Péruvien qui m’a fait rencontrer sa famille. Je suis beaucoup plus rentrée dans la culture péruvienne que j’ai adorée. D’un autre point de vue. Parce que c’est vrai que c’est, c’est différent. Quand on est dans un endroit comme touriste pendant deux semaines. Et puis en parlant à peine la langue. Et puis, quand on commence à vivre sur place, à parler de plus en plus, à rencontrer des personnes vraiment de là-bas, à aller dans des endroits où les touristes ne vont pas, etc. Donc voilà, je suis, je suis restée au Pérou, mais pas pas tout de suite. J’ai voyagé en même temps. Je pense que tout 2017/2018, j’ai voyagé. J’ai voyagé énormément, mais avec un peu ma deuxième maison, c’était le Pérou.

Hugo: [00:42:01] Ok, et à ce moment-là, tu travaillais comme pigiste ou comment ça se passait ?

Ingrid: [00:42:04] Ouais. Je travaillais comme pigiste. Ouais, ouais. J’ai travaillé comme pigiste jusqu’à, enfin seulement comme pigiste, jusqu’à, je pense pendant un an, quelque chose comme ça. Et c’est au bout de au bout de un an, quand je suis retournée au Pérou après, après être allée aux Etats-Unis, en Europe, je sais plus… Voilà, je suis revenue pour plusieurs mois et je me suis dit “bon, maintenant, je vais commencer à donner des cours” et j’ai commencé à m’intéresser aux formations avec l’Alliance française, etc. Mais tout en continuant les piges. Dans tous les cas, j’ai jamais arrêté les piges. Mais c’est vrai que les piges, c’est quelque chose qu’on fait, c’est pas du tout régulier. Il y a des mois où je vais en faire quatre et écrire des longs articles. Puis, à des mois où, du coup, je proposais rien pour être plus tranquille et voyager. Voilà.

Hugo: [00:42:58] Ok, et comment ça s’est passé tes début de prof ?

Ingrid: [00:43:01] Mes débuts de prof. C’était. C’était en fait une grande révélation parce que je savais pas exactement ce que je faisais. Mais bon, je connais. Ce qui est bien, c’est que la grammaire, j’avais absolument aucun problème, contrairement, parce qu’on dit parfois, il suffit pas de parler français pour pouvoir l’expliquer. Pour le coup, je savais plutôt bien tous les mécanismes grammaticaux grâce à mes études et parce que je m’y intéressais. Et en fait, le côté pédagogique, c’est quelque chose que j’ai improvisé au départ et en fait, que ça s’est super bien passé. J’ai adoré. J’ai vu que les élèves étaient contents et c’est aussi ce qui m’a donné envie de faire une formation supplémentaire pour connaître un peu mieux quels sont les différents courants de pédagogie et comment, et comment en fait on peut apprendre ça, mais tout en sentant que j’avais la fibre, non ? Donc c’était. C’était quelque chose qui, ouais ça a été un peu un, je sais pas, un coup de foudre professionnel, à partir, dès le premier cours en fait.

Hugo: [00:44:05] Et ce premier cours, c’était dans une école de langues ?

Ingrid: [00:44:07] Non. J’ai donné des cours particuliers, au début. J’ai donné des cours particuliers. J’avoue que je ne me sentais pas du tout légitime dans des, dans des institutions un peu plus sérieuses, entre guillemets. C’est vrai que j’ai tendance à ne pas me lancer dans quelque chose… Ne faites pas comme moi, faites les choses sans… Nan parce que c’est vrai que sans avoir la formation, sans avoir de l’expérience, etc. J’avais l’impression que j’allais être une fraude. Et au final, j’ai mis du temps avant d’aller donner mon CV à une institution et de commencer à travailler comme je l’ai fait après, en donnant des classes à des grands groupes, etc.

Hugo: [00:44:51] C’est le célèbre syndrome de l’imposteur.

Ingrid: [00:44:54] Ouais, exactement, c’est quelque chose, c’est… D’ailleurs, j’avais pensé “ça pourrait faire un bon podcast ça. Je pourrais proposer à Hugo de faire ça parce que c’est un truc, vraiment…”

Hugo: [00:45:06] C’est vrai. Moi, j’ai eu la même chose mais j’ai pas le choix, donc on m’a vraiment, la directrice de l’Institut français de Varsovie m’a dit “On a un cours de conversation. On aimerait bien que vous soyez le prof”. Elle savait que j’avais aucune expérience en la matière. Donc voilà, juste après l’entretien, elle m’a proposé ça. Donc, je ne me suis pas trop posé de questions parce que je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir, tout simplement. Mais c’est vrai que c’était un peu inconscient. Et c’était vraiment comme toi, ou voilà, dès le premier cours, je me suis rendu compte que j’adorais ça, le contact avec les élèves, d’avoir des gens qui étaient tellement passionnés par le français, c’était vraiment quelque chose qui faisait chaud au cœur. Et je me suis formé sur le tas. Mais toi, tu as fait une formation vraiment à distance, donc une formation officielle par correspondance ?

Ingrid: [00:45:50] Ouais, après. Mais au début, ouais, c’était des cours particuliers. Et c’est vrai que comme tu dis, ça fait chaud au coeur de voir à quel point des personnes peuvent être passionnées par un pays dont on se plaint tout le temps, nous, habituellement. Donc c’est intéressant ouais de… Puis, je trouve que, je sais pas si toi, ça t’a fait ça, mais aussi quand tu vis dans un autre pays, ça permet d’avoir un contact avec son pays toujours, et puis d’avoir un échange culturel avec des personnes qui s’intéressent aussi à comment toi, tu vis la réalité de leur pays, puis en leur expliquant : “mais non en France, c’est pas comme ça” ou “ça, ça m’a surpris”. Et puis, ça permet d’avoir des échanges assez intéressants.

Hugo: [00:46:34] Nan, c’est vrai. Moi, je ne me suis jamais senti autant français que depuis que je vis plus en France. Donc c’est un peu paradoxal, mais effectivement, tu te rends compte de toutes les différences, de ce qui est bien en France, de ce qui est moins bien, t’as plus de recul. Et voilà, des choses qui toi, te semblaient complètement évidente. Surtout, j’ai l’impression qu’on a un peu le même profil que toi aussi, quand tu étais enfant, tu as pas forcément voyagé beaucoup à l’étranger. C’est plus quelque chose que tu as découvert ensuite pendant tes études, non ?

Ingrid: [00:47:03] Ouais, complètement, complètement. De fait, je me rappelle que quand je suis rentrée, à un moment, j’étais en France après avoir déjà voyagé. Enfin, je sais plus à quel moment, mais bon bref. Ma petite sœur est un peu dans le même… Par exemple, ma sœur elle dans le même… Un, deux, trois, je recommence… Oui, c’est vrai. Je me souviens que une fois, il y a pas si longtemps, mon père nous a fait une remarque avec ma petite sœur, qui aussi a commencé à voyager. Elle a fait tout un tour de l’Amérique du Sud toute seule en stop. Là, elle est en République démocratique du Congo, donc aussi un profil aventurier, mais récent. Et je me souviens que notre père nous a dit “Mais je ne comprends pas pourquoi vous voyagez tellement. Parce que nous, on n’a jamais voyagé. Moi, je ne suis pas…” Et on lui a dit “Ben justement, c’est peut être pour ça”. On est tellement restées en France, en France, en France que au final, dès qu’on a pu, ça a été d’abord les voyages en Europe, et puis après essayer de partir plus loin, découvrir d’autres cultures, ne pas rester dans un métro-boulot-dodo parisien. C’est vrai que c’est quelque chose, c’est quelque chose qui est venu après, peut être par le manque dans l’enfance de ce genre de choses.

Hugo: [00:48:18] C’est vrai. Je pense que c’est assez générationnel aussi ou voilà, à l’époque de nos parents. Il y avait pas forcément Ryan Air etc, les vols low cost, et donc c’était plus difficile. C’était moins à la mode de voyager. C’était plutôt… Voilà, aller faire des festivals en France. Tu sais qu’à contrario, mes parents connaissent beaucoup mieux la France que moi parce que quand ils étaient jeunes, ils ont baroudé vraiment dans tout le pays en faisant du stop, etc. Alors que nous, quand on était jeunes entre… On se sent déjà vieux, mais… Bon, quand on était étudiant, en tout cas, voilà, tout le monde se faisait des week-ends à l’étranger, à Barcelone, etc. Tout le monde sautait dans l’avion dès qu’on avait 3, 4 jours pour aller quelques fois. Enfin, tout le monde, les étudiants qui avaient les moyens en tout cas.

Ingrid: [00:49:06] Ouais, ouais, ouais. C’est vrai, c’est vrai. Que du coup, moi, je connais pas du tout la France. C’est d’ailleurs mon prochain objectif de voyage, c’est la France. Mais ouais, effectivement, que… On allait à Barcelone pour 20 euros. Et puis on se retrouvait qu’avec des Français qui finalement pouvaient très bien, auraient pu aller dans le sud de la France pour avoir la mer et faire la fête. Mais non, il fallait aller en Europe, ailleurs, dans une autre ville avec un vol low cost.

Hugo: [00:49:35] C’est vrai. Donc, tu a posé des valises au Pérou, tu a commencé ta carrière de prof et tu me disais qu’au début, ton espagnol c’était pas non plus… Tu avais pas l’impression de pouvoir parler couramment ?

Ingrid: [00:49:50] Ah non, pas du tout. C’était horrible. C’était… En fait, moi j’ai appris l’espagnol comme, donc comme je te disais, au collège-lycée. Et j’ai fait même de l’espagnol renforcé. Mais ça suffit pas pour parler correctement, pour comprendre correctement après…

Hugo: [00:50:08] Surtout que nous, à l’école, on nous enseigne vraiment l’espagnol d’Espagne, avec l’accent d’Espagne. Et pas du tout l’accent d’Amérique latine.

Ingrid: [00:50:17] Ouais, ouais. Exactement. Donc c’est encore, c’est encore différent. Il faut s’adapter. Et puis, et puis en plus, ça faisait des années quand même que j’avais, puisqu’au final, quand j’avais fini le lycée, je sais plus combien de temps il s’était passé, peut-être 10 ans, quelque chose comme ça. Et l’espagnol, c’est pas quelque chose qu’on pratique en regardant des séries ou en écoutant… Enfin voilà, j’écoutais un peu de reggeaton de temps en temps, c’est pas du tout du tout compréhensible. C’est pas de l’espagnol.

Hugo: [00:50:45] C’est un vocabulaire très spécifique.

Ingrid: [00:50:48] Voilà. Donc, j’allais pas sortir les quelques mots du reggaeton. Non, du coup, j’ai dû apprendre sur le… Par la force des choses. Mais après, il faut reconnaitre qu’en ayant des bases pour la grammaire, la conjugaison, etc, qui étaient quand même enfouies dans mon cerveau, et en parlant français, qui est une langue assez proche. En vivant sur place, c’est allé, c’est allé assez rapidement. Et puis, et puis après j’ai fait, j’ai pris des cours d’espagnol, mais alors j’avoue que j’ai pris des cours d’espagnol avant tout pour me faire des amis. Donc, quand j’avais déjà un niveau avancé, j’avais déjà un niveau avancé et j’ai pris des cours pour vraiment améliorer tout ce qui est, par exemple utiliser le subjonctif, utiliser l’hypothèse, des choses comme ça, qui sont… qui existent en espagnol, comme en français, mais qui ne s’utilise pas de la même manière. Donc en fait, on a des temps équivalents, mais qu’on n’utilise pas au même moment. Donc là, c’est vrai que j’étais perdue et quand je demandais à mon copain, il me disait “bah je sais pas, c’est comme ça, c’est tout”. J’étais là : ok, merci merci. Donc du coup, je savais qu’un prof, ce serait mieux. Mais, mais ouais. C’était quand même pas, je parlais pas du tout, mais c’était pas si difficile, grâce à la proximité de la langue, grâce aux bases que j’avais. Et puis bon, faut avouer que j’ai quand même de la facilité avec les langues, donc en connaissant bien le français et l’étymologie des choses comme ça, c’est allé assez facilement.

Hugo: [00:52:23] Avec ton mari vous parliez espagnol dès le départ ? Ou comment ça s’est passé ?

Ingrid: [00:52:28] Non, on parlait anglais, on parlait anglais. C’était drôle parce qu’il parlait anglais avec… Lui, il a vécu à New York, donc il parlait bien anglais, mais avec un accent latino puisqu’à New York, c’est comme ça, il y a beaucoup, beaucoup de Latinos qui parlent dans leur langage un peu mix… comment on dit… spanglish. Et moi, je parlais anglais avec un accent français très très important. Donc, au début, on parlait comme ça, mais on se disait quelques mots en français, en espagnol. Parce que au final, quand tu connais pas un mot en anglais, tu le dis en français, et finalement, il comprend parce qu’en espagnol, c’est la même chose. Donc, on faisait anglais, avec quelques explications en espagnol, en français et quand j’ai, quand je me suis installée pour de bon, entre guillemets, en tout cas, pour plusieurs mois, je lui ai dit “Tu me parles pas l’anglais. Vraiment, ne me parle plus du tout anglais”. Parce qu’en plus, quand il me parlait anglais devant des gens, les gens pensaient que je pouvais pas comprendre du tout l’espagnol. Donc, ils me parlaient pas en espagnol. Et moi, je voulais au contraire que les gens me parlent en espagnol pour que mon oreille s’habitue comme ça et me forcer. Donc voilà.

Hugo: [00:53:42] Donc la transition était vraiment radicale.

Ingrid: [00:53:44] Ouais, ouais, ouais. Après c’est sûr que c’était cool d’avoir l’anglais en commun parce que quand je bloquais vraiment, je disais “comment on dit… ?” Je me rappelle que mon beau-frère se foutait tout le temps de ma gueule, parce que parce que je disais tout le temps, j’étais en plein milieu d’une phrase et je disais “Comment on dit… ?” Et soit j’expliquais en espagnol ce que je voulais dire, soit je le disais en anglais, donc, en fait, j’arrivais pas à raconter quelque chose d’une traite. Je faisais des pauses. Et puis il y a eu un moment où mon mari était le seul qui me… Enfin, on parlait un peu un langage secret. Les autres, ils le regardaient, genre “Elle a dit quoi là ?” Et donc il expliquait : “ah oui, c’est parce qu’elle se trompe entre ça et ça…”

Hugo: [00:54:27] Non, c’est vrai que vraiment à l’intérieur du couple, tu développes ton propre langage. C’est la même chose avec ma copine ou voilà, on parle anglais, mais forcément, c’est pas ma langue maternelle ni la sienne. Donc, c’est vraiment un anglais qu’on a complètement adapté en fonction de notre quotidien, nos besoins, etc. Et je pense que… Je caricature, forcément des anglophones nous comprendraient parfaitement, mais de temps en temps, je pense que voilà, on a notre propre vocabulaire qui est pas forcément intelligible par tous. Donc je comprends ça tout à fait.

Ingrid: [00:55:03] Ouais parfois tu inventes. D’ailleurs en espagnol, moi ça m’arrive encore de dire “ce mot-là, il manque en espagnol”. Et du coup, on invente un mot, je lui dis en français, on peut dire ça. “Ah ouais ? Ouais, bah c’est trop bien, qu’il y ait ce mot qui existe en français.” Et à l’inverse, quand je parle avec des amis francophones qui vivent à, au Pérou, parfois à l’intérieur de nos conversations en français, on utilise des mots espagnols parce qu’il n’y a pas d’équivalent en français et du coup, ça fait encore plus de richesse de vocabulaire quand on peut mélanger plusieurs langues.

Hugo: [00:55:34] C’est vrai, c’est vrai. Et ton mari apprend le français ?

Ingrid: [00:55:36] Bah, disons que par la force des choses, il le comprend de plus en plus. Il a des conversations très intéressantes avec ma mère ou les deux se parlent beaucoup avec les gestes, avec le regard, etc. Mais mais là, on va aller en France dans pas longtemps. Donc il va devoir s’y mettre sérieusement. Mais c’est vrai que je crois que t’as connu ça aussi, c’est la grosse frustration du cor… des cordonniers qui sont les plus mal chaussés. Une expression française qui, je pense, existe, en tout cas, il doit y avoir un équivalent dans toutes les langues.

Hugo: [00:56:14] Ouais est-ce que tu peux l’expliquer quand même ?

Ingrid: [00:56:16] C’est… Le cordonnier, c’est la personne qui répare les chaussures et donc être chaussé. Être mal chaussé, c’est avoir des chaussures en mauvais état ou ne pas avoir de chaussures, ou quoi. Donc c’est que la personne qui est chargée, qui a comme métier de réparer des chaussures, est celui qui n’a pas des bonnes chaussures. Et donc là, c’est la même chose : nous qui sommes profs de FLE, on a des compagnons qui, la personne qui partage notre vie, qui ne parlent pas français parce que c’est pas parce qu’on est prof de français qu’on peut leur enseigner comme ça dans la vie quotidienne.

Hugo: [00:56:53] Exactement exactement. C’est très mauvais pour mon marketing. D’ailleurs, c’est pour ça que vous avez jamais vu ma copine dans les vidéos Youtube. Bon, c’est vrai que c’est assez difficile. Je sais pas si c’est encore plus difficile en étant prof, mais nous, on a essayé au début d’avoir quelques leçons, etc. Mais voilà, moi, c’est quelque chose que je faisais déjà toute la semaine et j’avais pas envie, quand j’étais avec ma copine, d’encore travailler encore donner des leçons. Et puis, la relation prof-élève mélangée avec la relation copains-copines, bon ça fonctionne pas toujours très bien, donc on a un peu fini par abandonner.

Ingrid: [00:57:30] Ouais, je suis d’accord. J’ai essayé aussi. On a fait de temps en temps, surtout au début de confinement. On se faisait des sessions “allez tous les mardis et jeudis on fait”. Donc il prenait son petit cahier, et puis je voyais qu’en fait il m’écoutait ou moi, je voulais juste faire des blagues. Au final, ça fonctionne pas

Hugo: [00:57:51] Ok. Et tu disais donc que vous allez, vous prévoyez de rentrer en France ?

Ingrid: [00:57:56] Ouais, ouais. Bah là, c’est le départ est imminent. On va voir comment ça se passe au niveau des frontières du covid, etc. Mais comme ça fait assez longtemps que je suis au Pérou par… sans pouvoir ni voyager ni rendre visite, avoir des visites de ma famille ou quoi, et qu’on a l’impression que la situation est partie pour durer. Du coup, là, on s’est organisé et on va s’installer en France pour, je ne sais pas pour combien de temps, je ne sais pas combien de temps on tiendra dans la stabilité sans voyager, sans aller ailleurs. Mais en tout cas pour l’instant, peut-être une petite année pour que je sois plus proche de ma famille, comme ça lui il peut apprendre le français. Et puis, ça permet aussi d’être un peu plongée de nouveau dans la culture française.

Hugo: [00:58:47] Ok, très bien. Et peut-être que nous on pourra enfin se rencontrer en vrai.

Ingrid: [00:58:51] Ouais, ce serait bien. Ce serait plus facile, en tout cas, de Pologne en France.

Hugo: [00:58:56] C’est sûr. Et moi aussi, je compte passer un peu plus de temps en France là dans le futur. Je pense qu’il y a beaucoup de personnes qui ont ressenti parmi les gens qui vivent à distance, qui vivent loin de leurs familles, qui ressentent là vraiment ce besoin de passer du temps avec ses proches. Et voilà, c’est quelque chose que je vais essayer de faire.

Ingrid: [00:59:15] Ah d’accord. Donc toi tu prévois de, enfin de passer plus de temps, de revenir régulièrement ou de s’installer en France ?

Hugo: [00:59:20] C’est ça. Non, non, non. De revenir un peu plus régulièrement. Quand je vais en France de rester un peu plus longtemps parce qu’en général, quand j’y vais, j’ai toujours plein de personnes à voir, aussi bien la famille que les amis. Donc voilà, en une semaine, j’essaie de voir tout le monde. Mais bon, c’est assez court. Et prochainement, je pense, la prochaine fois, je pense que j’essaierai de rester un peu plus longtemps pour, voilà vraiment me sentir en France l’espace de quelques temps.

Ingrid: [00:59:50] Ouais, je comprends. Du coup, on se verra à ce moment-là. Rencontre française.

Hugo: [00:59:55] Très bien. Bon, bah je pense qu’on va s’arrêter là. Merci beaucoup, Ingrid, pour tes réponses. Je pense que les auditeurs te connaissent un peu mieux, réussissent à cerner le personnage, maintenant. Et à mon avis, c’est pas la dernière fois qu’on t’entendra dans le podcast. Donc voilà, merci beaucoup.

Ingrid: [01:00:15] Bah merci à toi pour l’invitation. J’espère que ça pourra répondre à certains doutes, et puis que… Ouais, ça me ferait plaisir de revenir et puis, de faire, de travailler sur le podcast. Donc on se réécoute bientôt bientôt.

Hugo: [01:00:32] Très bien, merci beaucoup. À bientôt.

Ingrid: [01:00:34] Merci à toi. Salut.

Hugo: [01:00:49] Voilà, maintenant, vous savez tout ou presque sur Ingrid. J’espère que cette discussion vous a plu. J’en profite pour vous dire que le mois prochain, en mai, on va rouvrir les inscriptions pour le cours Raconte ton histoire. Donc, si vous aimez ce genre de conversation authentique et que vous voulez apprendre à mieux les comprendre, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Merci à toutes et à tous. Et on se retrouve bientôt pour un nouvel épisode. Salut !

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26 réflexions au sujet de “#92 De Paris au Pérou”

  1. 00.59.20 pour vraiment sentir en france, et pas mentir…j’e habité à Blois et je suis en France depuis le 16/01/2020 et maintenant je me profite de votre podcast pour apprendre le français, un grand MERCI à tous l’équipe d’innerFranch

  2. Felicitations sur ton 4e anniversaire, Hugo! Le temps passe vite quand on s’amuse, hein? Je te suis depuis 1 1/2 ans et tes podcasts et ton cours ‘Raconte ton histoire’ sont vraiment magnifiques et on apprend tant de choses!
    J’etais très contente de faire une plus intime connaissance d’Ingrid via l’interview et entendre da voix, puisque elle est évidemment omniprésente sur ‘Raconte ton histoire’ et je l’apprécie énormément. Elle a un fascinant parcours…..

    D’ailleurs, Hugo, tu as plusieurs fois évoqué ‘nan’ p.ex. ‘nan, c’est vrai….. vers la fin du.podcast, peux tu expliquer la signification, s.t.p. – vérifiant sur l’internet il dit qu’on l’utilise si on n’est pas d’accord de ce qu’on vient t’entendre, plutôt comme non – mais ça ne fait pas de sense ici, une négation d’abord, en ensuite le positif? aussi, il dit que c’est plutot utilisé par des enfants????
    Merci beaucoup!

  3. Bonjour Huge et Ingrid, merci beaucoup pour cet épisode de podcast ; j’adore le sujet et la façon dont vous en parlez. Je m’ai senti comme j’était dans la meme chambre que vous et je vous ecoute. J’attands impassienement pour vos temoignaies dans le future. Voila, salut!

  4. Salut Hugo, merci beaucoup pour toutes vos vidéos et tous vos podcasts – ils sont parfaits. Je suis d’accord avec tout le monde; ce sont très, très utiles. Merci encore! Cordialement, Richard

  5. Le premier est de vous féliciter et de vous remercier pour tout votre travail. Le podcast d’Ingrid m’a semblé très intéressant. Mais puisque tout peut être amélioré, je commente.
    Je crois que l’une des raisons (parmi tant d’autres) du succès d’Hugo, Inner French, est sa voix claire, sans bruit. C’est pour ça que, dans quelques pauses dans les réponses d’Ingrid, une sorte d’enrouement se fait entendre qui moche son discours, je le dis avec les meilleures intentions. Merci beaucoup et longue vie a Inner French.

  6. Merci. J’ai adoré l’expression: “Des cordonniers qui sont les plus mal chaussés”. Expression équivalente au portugais: “dans une maison de forgeron, la brochette est en bois”…

  7. Learnt a lot and found the episode very interesting.
    Paused the audio a couple of times and both times lost the player – had to refresh the page and find my place again. This happened on a couple of other innerFrench podcasts I listened to.

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