La menace du steak de soja
Pendant longtemps, l’Académie française a refusé de féminiser les noms de professions.
Pas question de dire « auteure », « professeure » ou « cheffe ».
Leur argument ?
Accepter ces néologismes serait une « corruption » du français.
Il fallait à tout prix1 protéger notre belle langue de ces « barbarismes » !
En réalité, ce combat linguistique cachait2 autre chose : une résistance au changement social.
Car admettre le mot « auteure », c’était accepter qu’une femme puisse occuper cette place dans la société.
Les mots sont rarement neutres.
J’ai repensé à cette histoire cette semaine en voyant le vote du Parlement européen.
Mercredi, les eurodéputés ont décidé d’interdire l’utilisation de termes comme « steak », « burger » ou « saucisse » pour des produits végétaux.
L’objectif officiel ?
Protéger la « clarté » du langage et éviter3 toute « confusion » chez le consommateur.
(Ce consommateur imaginaire qui achète un steak de soja en croyant acheter un steak de bœuf !)
Encore une fois, on utilise des arguments linguistiques pour défendre un statu quo.
Sauf qu’ici, ce n’est pas le patriarcat qu’on protège, mais une industrie en déclin.
Entre 2022 et 2024, le secteur des protéines végétales a connu une croissance de 38% en Europe.
Pendant ce temps, la consommation de viande n’a cessé de baisser4.
Pour les filières d’élevage5, ces alternatives végétales représentent une menace économique.
Alors, comme l’Académie française en son temps, leurs lobbies se réfugient derrière6 la défense de la langue.
« Un steak, c’est de la viande. », répètent-ils.
Comme l’Académie française qui clamait : « un auteur, c’est un homme ».
Mais la langue évolue constamment, qu’on le veuille ou non7.
Les mots changent de sens avec le temps et l’usage.
« Steak » et « burger » décrivent aujourd’hui des formats culinaires, pas des ingrédients.
Tout comme « lait » dans « lait de coco » ou « beurre » dans « beurre de cacahuète ».
Interdire des mots n’a jamais empêché8 les changements de société.
D’ailleurs, en 2020, le Parlement européen a banni l’utilisation du mot « lait » pour les boissons végétales, et ça n’a pas ralentit leurs ventes, bien au contraire !
Même l’Académie française a fini par accepter « auteure » et « cheffe » (il a quand même fallu attendre 2019 !).
Pas par conviction, mais parce que l’usage s’est imposé.
Les gens ont continué à utiliser ces mots malgré l’interdiction.
Je parie9 que ce sera pareil pour les « steaks végétaux ».
On trouvera d’autres appellations, sûrement moins claires pour le consommateur.
Ou alors, les gens continueront à dire « steak de soja », peu importe10 ce qui est écrit sur l’emballage11.
Car finalement, ce ne sont pas les académiciens ni les eurodéputés qui décident comment évolue une langue.
Ce sont ses locuteurs.
Quant à moi, je retourne manger mes saucisses végétales !
Bon weekend,
Hugo
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