Test transcription interactive
Salut à toutes et à tous, j’espère que vous allez bien. Pour commencer, je vous présente mes excuses parce qu’encore une fois, l’épisode a eu beaucoup de retard. Une des raisons qui expliquent ce retard, c’est parce que j’ai changé plusieurs fois d’avis concernant le sujet de l’épisode. Au début, je voulais vous parler de tout autre chose. Et puis, les conditions cet été ont fait qu’il y a un sujet qui s’est imposé. Vous avez peut-être deviné ce dont il s’agit (n otamment si vous suivez l’actualité en France).
Vous avez peut-être vu qu’il y a deux semaines, il y a eu d’immenses incendies dans une partie de la France, notamment en Gironde, la région de Bordeaux. Et plus généralement en France, depuis le mois de juin, on connaît un été extrêmement chaud. Alors, je sais qu’évidemment, ce n’est pas seulement le cas en France, mais dans une grande partie du monde. Mais c’est vrai que moi, je me souviens pas (et je pense que ça n’a jamais eu lieu), je me souviens pas d’avoir connu un été aussi chaud, avec autant de canicules. Je crois qu’on en est déjà à la troisième ou la quatrième canicule. Une canicule, c’est une vague de chaleur qui dure pendant plusieurs jours. Alors là, c’est vrai que les canicules se succèdent et on voit qu’une partie de la planète est en train de partir en flammes.
Donc, comme beaucoup d’entre vous, j’imagine, je m’inquiète. Je m’inquiète d’autant plus que, comme vous le savez, je suis devenu papa, j’ai un fils. Donc, évidemment, en plus des raisons habituelles qu’on a de s’inquiéter pour son enfant, maintenant, on a beaucoup de raisons de s’inquiéter pour leur avenir, de s’inquiéter du monde dans lequel ils vont grandir. Et moi, quand je vois l’été qu’on est en train de vivre, je me dis que ça ressemble pas du tout à ce que je vivais pendant mon enfance où mes seuls soucis, c’était: où on va partir en vacances ? Quand est-ce qu’on va aller à la plage, combien de glaces je vais manger, etc. Et maintenant, quand on voit les conditions climatiques, on se dit qu’il faut constamment se protéger de la chaleur. Les nuits sont très compliquées, surtout parce que nous, on a décidé de ne pas faire installer la climatisation chez nous. On a seulement des ventilateurs. Donc, quand il y a des canicules et que les nuits restent chaudes, c’est assez difficile de se rafraîchir.
Donc voilà, on a constamment ces soucis en tête. Ce qui fait que j’ai peur que les étés que va connaître mon fils ne ressemblent pas du tout à ceux que j’avais quand j’avais son âge et où on vivait dans une certaine insouciance. Bon, évidemment, lui, il n’a pas du tout conscience encore de tous ces problèmes de changement climatique, etc. Mais il en subit les conséquences au quotidien avec ses chaleurs, avec le fait qu’on ne peut pas sortir pendant toute une partie de l’après-midi, qu’il faut constamment rester à l’ombre et que les nuits sont compliquées.
Mais c’est assez étrange de voir notre réaction face à ce phénomène. Et nous, personnellement, avec ma copine, c’est vrai qu’on a acheté une maison, comme vous le savez peut-être, notamment si vous lisez notre newsletter. On a acheté une maison à Marseille et cette maison se trouve dans une forêt de pins qui est juste à l’entrée d’un parc naturel. Et c’est une zone dans laquelle il y a un gros risque d’incendie. Et quand on a visité cette maison, on n’a pas fait attention à un panneau qui se trouvait à peu près à 100 mètres avant d’arriver dans la maison. Un panneau qui avait écrit en gros dessus: Attention, risque incendie. En fait, on était tellement enchanté par ce cadre et par la maison pour laquelle on a eu un coup de cœur, qu’on a totalement sous-estimé ce risque incendie. On l’a pas du tout pris en compte. Et c’est vrai que maintenant, quand on voit des incendies qui se déclarent à droite, à gauche, dans une grande partie de la France, et aussi là, dans la région où on est, dans la région de Marseille, il y a pas mal d’incendies, et plus particulièrement pas très loin de là où on habite. On se demande, en tout cas, parfois, on se pose la question : pourquoi on a acheté cette maison ici ? Et pourquoi on n’a pas pris ce risque plus au sérieux ? Alors qu’on l’a achetée il y a seulement deux ans. Donc, on était déjà conscient, évidemment, du changement climatique.
Et plus largement, quand on voit l’ampleur de cette catastrophe, on peut se demander pourquoi est-ce qu’on continue de vivre comme si de rien n’était. Ça, c’est une expression qu’on utilise en français comme si de rien n’était. Autrement dit, comme si rien ne s’était passé, comme s’il n’y avait pas de problème, comme si tout était normal, « comme si de rien n’était ».
Et à chaque fois que je pense à ça, j’ai une citation qui me revient en tête. Une citation d’un ancien président français, Jacques Chirac, qu ‘il avait prononcée lors d’un discours en 2002. Il avait dit : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Ça, c’est une citation qui est restée dans les annales, qui est devenue un peu culte, on va dire, et qu’on réutilise souvent. Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. Évidemment, c’était une métaphore pour parler de notre planète. Et en 2002, on n’était pas du tout… L’ampleur du réchauffement climatique n’était pas du tout au niveau qu’il est aujourd’hui. Mais pourtant, Jacques Chirac avait déjà eu cette citation, cette métaphore très parlante qui, aujourd’hui, semble plus vraie que jamais. Ce qui est intéressant, c’est pas vraiment la première partie de la citation, « notre maison brûle » (même si, évidemment, c’est bien de se rappeler que notre planète, c’est notre maison). Mais c’est surtout la deuxième partie : « nous regardons ailleurs. » Et vous avez entendu que c’était le titre de cet épisode. Pourquoi, face à l’ampleur de cette catastrophe, on continue de regarder ailleurs, on continue d’ignorer le problème ?
Bon, ça devient de plus en plus difficile, justement, de regarder ailleurs tellement les conséquences du changement climatique sont omniprésentes. Ça devient assez difficile de le nier. Bon, évidemment, il reste encore certaines personnes qui sont climatosceptiques. J’espère qu’il y en a pas trop dans notre audience. Mais pour la grande majorité des personnes qui nous écoutent, je pense que vous êtes un peu comme moi et que vous avez du mal à vous rassurer par rapport à ce changement climatique. C’est assez difficile de rester optimiste.
Alors voilà, moi, je me demande pourquoi, malgré ça, malgré toutes ces catastrophes que l’on voit, on ne se mobilise pas davantage. Pourquoi on n’est pas plus actif pour essayer de faire quelque chose, au niveau individuel, bien sûr, mais aussi au niveau collectif. Parce que là, on est quand même face à une menace qui a le potentiel de mettre fin à l’espèce humaine. Donc, excusez-moi, mais ça semble quand même assez important.
Alors dans cet épisode… Bon, au début, j’ai fait beaucoup de recherches, j’avais préparé plein d’études, de chiffres, d’analyses scientifiques, etc. Mais finalement, rassurez-vous, je ne vais pas partir dans cette voie-là parce que je pense que ce serait très difficile de couvrir le sujet seulement en 30 minutes. Et ce n’est peut-être pas l’approche qui serait la plus pédagogique, on va dire. Voilà, dans cet épisode, je ne vais pas vous assommer avec des chiffres, des analyses scientifiques. Et je ne vais pas non plus vous faire culpabiliser. Mon objectif, ce n’est pas de vous dire: Voilà, vous devriez arrêter de prendre l’avion. Si vous avez une voiture, vous devez tout de suite la vendre et acheter un vélo. Non, on va essayer d’être plus réaliste. Et pour faire ça, moi, je vais partir de mon cas personnel. Je vais essayer de m’analyser objectivement, en toute honnêteté, pour comprendre pourquoi je n’en fais pas plus. Pourquoi , moi qui suis tout à fait conscient de ce réchauffement climatique, je reste dans une certaine forme d’inaction ?
Je vais aussi essayer de ne pas tomber dans l’auto-flagellation. S’auto-flageller, ça veut dire se punir soi-même, parce que l’objectif, ce n’est pas de ressortir de cet épisode en étant totalement déprimé, vous comme moi. Peut-être que vous vous reconnaîtrez dans cette auto-analyse ou, au contraire, pas du tout. J’imagine que certains, certaines parmi vous sont déjà très engagés, très actifs pour la cause climatique. Mais j’imagine que quand on voit les chiffres, quand on voit les études, on voit que la majorité des personnes sont plutôt assez inactives. Donc, j’imagine que parmi vous, il y en a certains et certaines qui se reconnaîtront.
Voilà, donc vous allez voir que c’est un épisode plus personnel. Vous avez peut-être déjà entendu qu’il y a quelques hésitations parce que je n’ai pas de script, c ette fois. Je vais vous parler vraiment avec le cœur, comme on dit. Donc, excusez-moi pour ces hésitations. Je vais essayer de rester clair. Et voilà, vous avez le programme. Donc maintenant, on y va.
Je pense que la première raison pour laquelle je me suis pas mobilisé davantage pour essayer de combattre le réchauffement climatique, c’est que ça me semblait être une menace assez lointaine, assez abstraite. Les scientifiques parlaient d’un réchauffement à plus 2 degrés, 2 degrés celsius. Moi, ça me semblait pas énorme une différence de 2 degrés celsius. D’ailleurs, quand je vivais en Pologne, je me disais même que ça serait peut-être pas si mal d’avoir 2 degrés de plus. Ils nous parlaient aussi de la fonte des glaces en Arctique, en Antarctique, les glaciers qui fondent. Moi aussi, je voyais ces images. C’était impressionnant. On parlait de l’augmentation du niveau de la mer, mais moi, je suis pas biologiste ni géographe, donc j’avais du mal à vraiment comprendre les conséquences. Je me disais un peu « So what ? » , comme disent les Américains.
Et c’est vrai qu’en France, on a aussi la chance d’avoir un climat tempéré. Donc, je sais que certaines personnes, et moi y compris, on avait plutôt tendance à se dire: Bon, le réchauffement climatique, ça ne va pas trop nous impacter. Je pense qu’on va être assez tranquilles. Et puis, on nous parlait souvent de l’horizon 2050, voire même parfois de la fin du XXIème siècle. Et moi, quand on était il y a 10, 15 ans, quand on était en 2010, 2015, tout ça, ça me semblait assez lointain. Je me disais que d’ici 2050, il peut se passer énormément de choses. Donc c’était difficile de me mobiliser par rapport à cette menace. C’était une menace qui ne semblait pas vraiment immédiate.
Et puis, ce qui est intéressant aussi, c’est que souvent, quand ce genre de catastrophe arrive, et on a eu aussi l’exemple avec le Covid, même si c’était assez différent, mais quand ce genre d’événement arrive, on a tendance à continuer de vivre comme si de rien n’était le plus longtemps possible, vraiment jusqu’au dernier moment, même quand il y a des signes et des avertissements un peu partout.
Je crois que je vous ai déjà raconté ça, mais souvent, pendant mes cours d’histoire au lycée, je me demandais pourquoi les gens n’avaient pas réagi avant qu’un événement tragique se produise. Par exemple, avant le début d’une guerre, quand on étudie ça en cours d’histoire, on étudie toutes les causes qui ont conduit à ce conflit. Et nous, avec le recul, ça nous semble évident et on se dit : Pourquoi les gens de l’époque, ils n’ont rien fait pour arrêter ça ? On a l’impression que la guerre était totalement évitable. Donc, on se pose la question.
Et ça, une des explications, c’est qu’avec le recul, avec le travail des historiens, ça semble évident, mais quand on vit cette chose en direct, ça l’est beaucoup moins. Mais l’autre explication, c’est qu’on a ce qu’on appelle un biais de normalité.
Des scientifiques ont fait une expérience pour illustrer ce biais de normalité. Donc ça va vous permettre de mieux comprendre ça. C’est une expérience dans laquelle on demandait à une personne de remplir un questionnaire. Elle était toute seule dans une pièce, on lui demandait de remplir un questionnaire en lui faisant croire que l’expérience était de répondre à ce questionnaire qui était au sujet de l’urbanisme, quelque chose comme ça, ça n’a pas trop d’importance. Parce qu’en fait, ce qui se passait, c’est que pendant que la personne commençait à remplir le questionnaire, il y avait de la fumée qui arrivait dans la pièce. Et c’était ça en réalité l’expérience, c’était de voir la réaction de cette personne. Et quand cette personne était seule, systématiquement, en voyant la fumée, elle allait alerter quelqu’un, elle sortait de la pièce pour signaler qu’il y avait un problème, qu’il y avait de la fumée dans la pièce.
Mais ce qui est intéressant, c’est qu’il y avait une deuxième version de cette expérience dans laquelle la personne n’était plus seule dans la pièce, mais elle était en groupe avec des personnes qu’elle pensait être des participants, mais qui en fait étaient des acteurs et actrices qui faisaient partie de cette expérience. Et là, à nouveau, tout le monde commence à remplir son questionnaire, de la fumée apparaît. Sauf que les autres participants ne réagissaient pas du tout. Ils continuaient d’écrire comme si c’était normal. Et là, la personne qui, elle, n’était pas un acteur ou une actrice, elle regardait ce qui se passait autour. Elle voyait que personne ne réagissait et dans 90 % des cas, elle décidait de ne pas sortir de la pièce, de ne pas alerter qui que ce soit et elle continuait tout simplement à remplir son questionnaire.
Donc là, vu de l’extérieur, ça nous semble absurde, mais en fait, ça, ça illustre parfaitement ce biais de normalité. En fait, ce biais de normalité, il s’explique par trois facteurs. Le premier, c’est la diffusion de la responsabilité. Quand on est en groupe, on se dit toujours que quelqu’un d’autre va s’en occuper, c’est pas à moi de le faire. Le deuxième facteur, c’est que nos réalités sont construites socialement. Autrement dit, si tout le monde autour de nous continue à vivre sa vie normalement, nous, on va les imiter, on va faire comme eux, on va continuer de vivre notre vie normalement. C’est exactement ce qui se passe dans cette expérience. On voit que tout le monde continue de remplir son questionnaire. Ben moi, je ne vais pas m’arrêter pour sonner l’alarme. Je vais continuer à remplir mon questionnaire moi aussi. Parce qu’on a tendance à imiter nos pairs. Et puis, le troisième facteur, c’est la peur du ridicule. On n’a pas envie d’être celui ou celle qui panique pour rien quand on n’est pas sûr de ce qui est en train de se passer. On a peur que si on s’affole, si on s’alarme et qu’en réalité, il n’y a pas vraiment de problème, il n’y a pas vraiment de danger, on a peur d’être ridicule.
Donc ça, ces trois facteurs, expliquent ce biais de normalité. Et ça explique pourquoi là, dans la situation qu’on est en train de vivre, ce réchauffement climatique, on a quand même tendance à continuer de vivre notre vie comme si tout était normal.
Et puis, il faut dire aussi, moi, je sais que c’est mon cas, on a toujours des problèmes qui semblent plus urgents ou plus importants. Bon, moi, quand j’y pense, objectivement, je vois très bien que ce n’est pas le cas, mais je sais que certaines parmi vous écoutent le podcast en vivant dans un pays qui est en guerre, par exemple. Évidemment, ce conflit que vous vivez au quotidien, cette guerre, ça vous semble beaucoup plus important que le réchauffement climatique. C’est pareil quand il y a une crise économique et qu’on n’est pas sûr de garder notre travail, on n’est pas sûr de pouvoir payer nos factures à la fin du mois. Ça, ça nous semble aussi plus urgent et plus important que la question du réchauffement climatique.
Alors, vous avez compris que pendant plusieurs années, je me suis pas senti particulièrement concerné par ce problème du changement climatique, mais petit à petit, j’ai quand même mis des choses en place, notamment pour me donner bonne conscience, si je suis honnête avec moi-même.
Et ces choses, c’est ce qu’on appelle les « éco-gestes. » alors ça, c’est un concept qui vient d’un autre concept qui s’appelle les « petits gestes ». En fait, c’est toutes ces petites actions qu’on peut faire au quotidien pour essayer de réduire notre empreinte carbone, pour faire en sorte que notre mode de vie pollue le moins possible. Moi, vous le savez, je suis végan depuis plusieurs années. Je n’ai pas fait ça pour l’environnement au départ, je l’ai fait pour les animaux et c’est toujours le cas. Mais c’est vrai qu’on sait qu’avoir un régime sans viande et sans produits laitiers, ça permet de beaucoup réduire notre empreinte carbone. Parce que les animaux d’élevage émettent énormément de CO2 et il faut aussi produire beaucoup de nourriture pour les nourrir. Adopter un régime végétalien, ça fait partie de ces éco-gestes qui sont recommandés. En France, on n’est pas aussi radical parce que c’est encore quelque chose qui fait peur, le véganisme. On encourage seulement les gens à réduire leur consommation de viande. Mais bon, moi, je fais un peu plus que ça.
J’essaie de prendre l’avion le moins souvent possible. Je trie mes déchets. On a plusieurs poubelles et on met les emballages en carton, en plastique dans une certaine poubelle, les autres qui ne peuvent pas être recyclés dans une autre poubelle. C’est quelque chose que tous les Français doivent faire. Si on le respecte pas, je pense qu’on peut peut-être avoir une amende, mais à mon avis, c’est pas très contrôlé. Mais voilà, moi, c’est quelque chose que je fais assez consciensieusement. Comme je vous l’ai dit, on a décidé de ne pas installer la climatisation dans notre maison. On a seulement des ventilateurs au plafond. Là aussi, pour essayer de réduire notre empreinte carbone. Et puis, le dernier éco-geste que j’ai fait, c’est de m’acheter un vélo électrique pour essayer de moins prendre la voiture et pour pouvoir faire de belles balades avec mon fils.
Mais malgré tous ces éco-gestes, quand je regarde objectivement mon style de vie, c’est sûr que j’ai une empreinte carbone beaucoup plus élevée que des personnes qui vivent avec un style de vie plus modeste, notamment des personnes qui vivent dans des pays plus pauvres. Moi, à l’échelle de la population mondiale, je fais quand même partie du groupe de personnes qui a un style de vie avec une grosse empreinte carbone. Parce que je vous ai dit que je prenais rarement l’avion mais je le prends quand même.
Par exemple, il y a un mois, je l’ai pris pour une urgence familiale, pour aller voir ma famille, alors que j’aurais tout aussi bien pu prendre le train. Mais avec l’avion, c’était un peu plus rapide, ça me faisait la nuit trois ou quatre heures. Donc, je me suis dit, mon raisonnement, c’était de me dire : « j e suis végan, je fais attention à ma consommation, j’essaie de ne pas acheter trop de vêtements, etc. Donc, je peux m’autoriser à acheter ce billet d’avion. » Ça, c’est quelque chose qu’on fait tous. On fait notre petite comptabilité nous-mêmes pour essayer de s’arranger. Et là aussi, c’est assez drôle. Il y a plusieurs études qui montrent que souvent, quand on a fait « une bonne action climatique », on va s’autoriser d’autres excès qui finalement annulent les bienfaits de l’éco-geste qu’on a mis en place avant. Voilà, c’est quelque chose qui est assez difficile à maintenir au quotidien.
Et c’est d’autant plus difficile quand je vois que les personnes autour de moi ne font même pas ces petits efforts. Là, récemment, j’étais en train de me balader en vélo avec mon fils et j’ai croisé trois 4×4 à la suite. Un 4×4, vous savez, c’est ces voitures avec ces grosses roues qui sont censées pouvoir rouler un peu partout, notamment dans la nature. En réalité, la plupart des propriétaires de 4×4 en ont un juste parce qu’ils aiment bien le style et ils l’utilisent exclusivement pour rouler en ville. Donc c’est des voitures qui polluent beaucoup pour finalement pas grand-chose. Surtout que dans ces 4×4, à chaque fois, il y avait une seule personne à l’intérieur de la voiture. Donc voilà. Moi, je voyais que je faisais mes efforts avec mon petit vélo et à côté, je voyais trois personnes avec chacune un 4×4, rouler sur la route. Donc je me demandais un peu pourquoi moi, je fais ces efforts alors que tous les autres ne les font pas forcément.
On a tous ça, je pense, avec des personnes autour de nous. Et ça, c’est quelque chose qu’on fait aussi à une échelle plus large. En France, il y a une excuse qu’on utilise souvent pour justement ne pas en faire plus, ne pas faire d’éco-gestes. On dit : « regardez les Américains, ils polluent beaucoup plus que nous, ils prennent tout le temps leurs voitures, ils ont des énormes voitures, etc. Regardez les Chinois, ils sont beaucoup plus nombreux et maintenant, ils mangent de plus en plus de viande. Alors, à quoi ça sert que nous, petits Français, on réduise notre consommation de viande ? Ça ne va rien changer du tout. » Et voilà, c’est encore une fois Un moyen de rejeter la responsabilité sur les autres et de dire : « À quoi bon faire des efforts ? Finalement, ça ne sert à rien. »
Et quand on prend encore du recul par rapport à ça, on peut même s’interroger sur l’impact de tous ces petits efforts qu’on fait au quotidien. Est-ce que c’est vraiment ça qui va nous permettre d’arrêter le changement climatique ? En France, il y a une étude qui a été publiée il y a quelques années qui a été beaucoup reprise dans les médias. Une étude qui s’intitulait « Faire sa part ». Et en fait, les auteurs ont essayé justement d’estimer l’impact de ces éco-gestes pour voir à quel point ils permettaient de réduire notre empreinte carbone. Et selon eux, si quelqu’un a un comportement « héroïque » ( autrement dit, quelqu’un qui ne prend jamais l’avion, qui utilise le vélo pour tous les trajets courts, qui est totalement végétarien), eh bien si on a ce genre de comportement, si on fait ce genre d’efforts, on peut réduire notre empreinte carbone de 45 %. Alors, ça semble beaucoup, mais en réalité, pour pouvoir vraiment limiter le réchauffement climatique, en France, il faudrait que chacun réduise son empreinte carbone de plus de 80 %. Donc, on voit que même en faisant tous les efforts possibles au niveau individuel, ce n’est pas suffisant.
Et là, ce n’est pas un argument pour justifier notre inaction. Évidemment, tous ces gestes individuels comptent, mais la communauté scientifique ne cesse de rappeler que pour limiter le changement climatique, on a besoin de changements structurels. Il n’y a aucune chance de réussir la transition écologique sans avoir des changements orchestrés par les États, par les gouvernements, les collectivités locales et même les entreprises. C’est aussi au niveau collectif qu’il faut prendre des initiatives pour pouvoir limiter l’impact du réchauffement climatique.
Et oui, c’est vrai que moi-même, je me suis souvent dit que c’était un problème qui dépassait largement mes compétences, que je n’allais pas pouvoir résoudre le réchauffement climatique moi-même, même avec toute la bonne volonté du monde. Donc, je me suis dit que c’était d’abord la responsabilité de nos gouvernants de mettre en place les changements nécessaires. Mais pour autant, Je n’ai jamais voté pour les verts. Je n’ai jamais voté pour le Parti écologiste en France. Et ça, c’est encore une fois une conséquence de ce que je vous disais un peu plus tôt, où on a toujours l’impression qu’il y a des problèmes plus urgents, plus importants. Et c’est vrai que quand on vote aux élections, si c’est pendant une crise économique ou s’il y a des questions au niveau, je ne sais pas, de la sécurité, des choses comme ça, on va donner la priorité à ces problèmes qui nous semblent plus urgent, plus important. Et les personnes qui ont la capacité de se dire non, la priorité, c’est de limiter le réchauffement climatique et qui vont voter pour les Verts, elles sont malheureusement pas nombreuses.
Et même quand des gouvernements réussissent à se mettre ensemble, se rassembler pour essayer de mettre en place des mesures pour limiter le réchauffement climatique, comme ça a été le cas en 2015, avec les fameux accords de Paris, on voit que ça n’a pas vraiment de conséquence. Donc, je vous ai dit, ces accords de Paris ont eu lieu en 2015. Peut-être que vous vous en souvenez, c’était un véritable succès diplomatique pour la France. Il y a eu 195 pays signataires. Tous les pays du monde ont signé cet accord. Mais on se rend compte aujourd’hui, dix ans plus tard, que la France elle-même n’a pas respecté ses propres budgets carbone. Elle n’a pas respecté ses engagements.
En fait, quand on regarde un peu le monde politique, on voit qu’il y a un problème de fond, une espèce d’incompatibilité, une incompatibilité entre les horizons. Parce que les cycles politiques sont tout simplement trop courts. Un président en France, il reste en poste 5 ans, maximum 10, s’il est réélu, alors que les effets d’une politique climatique se mesurent sur un horizon beaucoup plus long, par exemple sur une trentaine d’années. Et aucun responsable politique n’a intérêt à dépenser son budget aujourd’hui pour des bénéfices que quelqu’un d’autre récoltera, qu’un autre politicien, 30 ans plus tard, pourra récolter. Voilà, on voit ici que les horizons ne sont pas alignés.
Et puis, il faut dire aussi que les solutions ne sont pas toujours évidentes et elles ne sont pas non plus toujours justes. Il y a des arbitrages à faire et c’est assez compliqué.
En France, on a un bon exemple de ça, dont on a parlé récemment. C’est les ZFE, les zones à faibles émissions, donc émissions de carbone. Ces ZFE, elles ont été créées en 2019 et elles ont été généralisées ensuite en 2021. Et c’est tout simplement l’interdiction pour les voitures trop vieilles de rouler dans les centres-villes. Donc ça, c’est une mesure pour limiter la pollution. Je sais plus à partir de… C’est en fonction de la date de construction, je crois, de la voiture et de la quantité de gaz qu’elles émettent. Si ces voitures polluent trop, elles n’ont tout simplement plus le droit de rouler dans les centres-villes. Si elles le font, elles s’exposent à recevoir une amende. Donc ça, c’est une mesure qui semble très bien pour limiter la pollution. Mais plusieurs partis politiques, notamment à droite, les Républicains et le Rassemblement National, à l’extrême droite, ont dénoncé le fait qu’elle était profondément inégalitaire. Parce que les personnes qui ont une vieille voiture et qui n’ont pas l’argent pour s’en acheter une nouvelle, elles ne peuvent plus circuler dans les centres-villes. Elles ne peuvent plus, par exemple, prendre leur voiture pour aller travailler dans le centre-ville. Donc, c’est pour ça que ces partis ont essayé de faire supprimer les ZFE.
Donc voilà, tout ça pour dire qu’il y a toujours un arbitrage à faire. Et parfois, on pense à l’intérêt commun avec cette idée de protéger l’environnement. Mais les mesures, les changements qui sont nécessaires vont pénaliser une partie de la population plutôt qu’une autre. Tout ça pour dire que voilà, même au niveau politique, c’est pas évident et on peut pas simplement penser que c’est au gouvernement de trouver une solution. Et tant que les gouvernements ne proposent pas de changement, moi, je n’ai pas de raison de faire des efforts. Évidemment, c’est plus compliqué que ça. Et là, je vous ai seulement parlé de la France, mais je sais qu’il y a d’autres pays, peut-être le vôtre, dans lesquels les gouvernements sont beaucoup plus proactifs et plus courageux aussi en matière de protection de l’environnement. Mais voilà, c’est vrai qu’en France, on n’est pas spécialement gâtés dans le domaine. On n’a pas beaucoup de chance avec nos gouvernements.
Ensuite, il y a aussi la responsabilité des entreprises. On sait que les entreprises contribuent beaucoup au réchauffement climatique. Mais bon, là aussi, on peut se poser la question: les entreprises, elles ne produisent pas juste pour produire, elles produisent pour vendre. Et derrière, il y a des personnes qui achètent, des consommateurs, nous. Donc, on ne peut pas seulement mettre la responsabilité sur les entreprises. Mais on voit quand même qu’il y a des compagnies qui polluent beaucoup plus que les autres, qui contribuent beaucoup plus au réchauffement climatique que les autres et qui ne font rien pour améliorer la situation. Au contraire, il y a des entreprises qui investissent beaucoup d’argent simplement pour se donner une bonne image en faisant du greenwashing, mais qui continuent de polluer énormément sans se préoccuper du changement climatique.
En France, le symbole de ça, c’est l’entreprise TotalEnergies. C’est le géant français du pétrole et du gaz. Et en fait, en 2021, il y a un article qui a été publié pour montrer, à partir des archives de l’entreprise, que les responsables de Total étaient conscients du changement climatique dès le début des années 70. Ils ont été avertis, ils ont été mis en garde, du risque climatique lié aux énergies fossiles, donc à l’exploitation, à la vente du pétrole. Mais ça ne les a pas empêché de continuer à se développer dans cette voie, à investir énormément pour continuer à obtenir et vendre du pétrole. Donc en fait, ça, ça a donné naissance à toute une affaire, justement, pour essayer de condamner Total. Parce que Total, ensuite, a fait beaucoup de désinformation, un peu comme les géants du tabac, un peu plutôt dans les années 70 qui faisaient de la désinformation pour minimiser les risques liés à la cigarette. Eh bien, ici, Total et d’autres géants pétroliers, notamment Exxon aussi aux États-Unis, ont adopté la même stratégie pour essayer de désinformer l’opinion publique.
Alors, je ne suis pas en train de dire que toutes les entreprises sont maléfiques, mais c’est vrai que les grandes entreprises qui sont cotées en Bourse, elles ont pour objectif principal de rémunérer leurs actionnaires. Et pour ça, elles doivent maximiser leurs profits. Et la plupart du temps, cet objectif, il est incompatible avec les investissements qui seraient nécessaires pour protéger l’environnement, parce que ce sont des investissements qui semblent plus risqués et qui sont peu, voire pas du tout rémunérateurs.
Et par rapport aux entreprises, il y a aussi un autre argument, ou plutôt une autre attitude, qu’on retrouve de plus en plus, c’est celle du techno-solutionnisme. Il y a des personnes, il y a des entreprises aussi qui aiment à dire qu’on va trouver une solution technologique pour résoudre le réchauffement climatique, qu’on n’aura pas besoin de changer nos styles de vie parce qu’on va développer de nouvelles sources d’énergie qui vont nous permettre de limiter le réchauffement climatique. Donc ça, encore une fois, c’est une manière de nier ce qui est en train de se passer et de ne pas agir, de rester dans l’inaction. Parmi ces inventions qu’on mentionne souvent, il y a le fameux avion à hydrogène, qui, en réalité, a très peu de chance de voir le jour. Plus récemment, on parle beaucoup de l’intelligence artificielle qui serait censée trouver la solution au changement climatique. Alors que ce qu’on voit surtout aujourd’hui, c’est que l’intelligence artificielle contribue énormément au réchauffement climatique à cause de tous les data centers qu’on est obligé de construire et qui consomment beaucoup d’énergie pour faire tourner ces modèles d’intelligence artificielle.
C’est sûr que quand on voit l’inaction à la fois des gouvernements et aussi des grandes entreprises, c’est assez difficile de rester optimiste, c’est difficile de garder espoir. Et c’est notamment pour ça que certaines personnes s’enferment dans une forme de pessimisme, de cynisme.
En France, on entend souvent les gens dire « après moi, le déluge ». Ça, c’est une expression qui est assez populaire, que j’aime bien. Le déluge, c’est cette fameuse catastrophe biblique, cette catastrophe qu’on trouve dans la Bible, cette énorme inondation qui recouvre la terre entière d’eau. Et en fait, la signification de cette expression, « après moi, le déluge », c’est que, après notre mort, les choses vont tourner mal. On est persuadé que les choses vont tourner mal, mais finalement, on se dit que ce n’est pas vraiment notre problème. Ce qui va se passer pour les autres, ça ne nous concerne pas parce que nous nous serons morts. Et apparemment, le roi Louis XV utilisait beaucoup cette expression en parlant de son dauphin, le futur Louis XVI, donc celui qui allait prendre sa suite à la tête du royaume. En fait, Louis XV sentait que la situation en France commençait à se dégrader, que ça commençait à être compliqué aussi pour le pouvoir royal. Mais il disait, ce serait pas son problème, ce serait le problème du futur roi Louis XVI. Et il exprimait ça à travers cette expression, « après moi, le déluge. » Et l’histoire lui a parfaitement donné raison. On peut dire que Louis XVI a vraiment pris le déluge en pleine face.
Bref. Il y a certaines personnes qui tombent dans cette forme de cynisme, de pessimisme, qui disent : « de toute façon, c’est trop tard, c’est foutu. » Ça aussi, c’est foutu, c’est une autre expression. C’est assez familier quand on dit c’est foutu, ça veut dire c’est ruiné, c’est trop tard. Il n’y a aucun espoir par rapport à ça. On ne peut rien y faire. Et souvent, les personnes qui disent ça continuent en disant : « comme c’est foutu, autant en profiter, autant profiter de la vie au maximum, parce que de toute façon, ça ne va rien changer à l’issue de la catastrophe. » Bon, au passage, c’est un discours qui est de plus en plus difficile à tenir quand on voit les événements climatiques actuels. Parce qu’on se demande profiter de quoi ? Si la planète continue à se réchauffer comme ça, à brûler de tous les côtés, ça va être difficile de continuer à profiter de la vie. Je referme la parenthèse.
Donc ça, honnêtement, c’est plutôt des discours qu’on entend parmi les générations un peu plus âgées, notamment les fameux boomers. Je sais qu’il y en a beaucoup parmi mes auditeurs, donc ne le prenez pas mal. Il y a aussi des bons boomers, comme on dit, des boomers qui se sentent concernés par le changement climatique et qui font quelque chose.
Mais ce n’est pas vraiment un discours qu’on entend parmi les plus jeunes, notamment la fameuse Gen Z, parce que les plus jeunes savent qu’ils vont subir directement les conséquences de ce changement climatique. Et eux, justement, au lieu de tomber dans le cynisme, ils tombent dans ce qu’on appelle l’éco-anxiété. C’est un terme qu’on entend beaucoup depuis quelques années. C’est une forme d’anxiété qui est liée à un sentiment d’impuissance face aux problématiques environnementales. Un sentiment d’impuissance, autrement dit, le sentiment de ne rien pouvoir faire. Donc ça, j’imagine que vous avez déjà entendu ce terme, mais voilà, pour l’expliquer autrement, ce sont les personnes qui, en voyant tout ce qui se passe avec le changement climatique, sont extrêmement anxieuses, extrêmement stressées, parce qu’elles se disent que l’avenir n’est pas du tout rose.
Et cette éco-anxiété, pardon, elle peut avoir deux visages, on peut dire. Soit, elle peut devenir tellement forte qu’elle va nous paralyser. Quand on a un sentiment d’impuissance totale, on a l’impression qu’ on ne peut rien faire et qu’on va être victime de ce changement climatique. On peut tomber dans une sorte de dépression peut-être environnementale. On a vraiment ce sentiment d’impuissance. Soit l’autre visage, c’est la colère. Cette éco-anxiété se transforme en colère et c’est une colère qui nous pousse à agir, à faire quelque chose.
Et depuis quelques mois, il y a un nouveau concept qu’on retrouve aussi, c’est celui d’éco-deuil. Le deuil, c’est quand on accepte que quelque chose soit terminé ou plus concrètement, quand on accepte aussi que quelqu’un soit mort, par exemple. Après qu’un de nos proches est mort, on doit faire le deuil. Autrement dit, on doit accepter que cette personne soit partie. Donc, le concept d’éco- deuil, c’est un sentiment de perte face aux conséquences du changement climatique. Ça aussi, c’est quelque chose qu’on trouve beaucoup parmi la Gen Z. En fait, ces personnes sont extrêmement tristes parce qu’elles savent qu’une partie de l’environnement et de la nature actuelle est en train de disparaître , la biodiversité, certaines espèces qui disparaissent, certains espaces naturels aussi, et que les choses ne seront plus jamais comme avant. Et les jeunes générations sont d’autant plus tristes qu’elles n’ont pas vraiment pu en profiter et qu’il y a plein de choses qu’elles auraient aimé voir de leurs yeux, qu’elles auraient aimé découvrir, et elles ne vont pas pouvoir le faire parce qu’à cause du changement climatique, ces choses sont en train de mourir ou de disparaître.
Alors évidemment, il y a plein de bonnes raisons d’être anxieux, mais je vous avais promis d’essayer de ne pas vous déprimer dans cet épisode. Donc on va terminer sur une note plus positive. Parce que la solution pour lutter contre cette éco-anxiété, c’est tout simplement de s’engager et s’engager pour des causes concrètes. Quand on est dans l’action, ça nous donne le sentiment qu’on peut faire quelque chose, même si c’est juste au niveau local, même si c’est juste… Je ne sais pas. Il y a une association, par exemple, ici à Marseille, qui est assez populaire, qui s’appelle Clean My Calanques. En fait, ce sont des bénévoles qui se réunissent pour ramasser les déchets dans le parc naturel des Calanques, un endroit qui est magnifique, mais malheureusement, qui est… o ù les gens ne font pas toujours très attention et jettent leurs déchets. Ce n’est pas quelque chose qui va ralentir fondamentalement le changement climatique, mais participer à ça, c’est un moyen de préserver la nature, préserver des paysages qu’on apprécie. Et en plus, ça permet de faire un peu de sport. Ça nous permet d’être actif et de nous donner le sentiment d’une petite victoire quand on voit qu’on a réussi à nettoyer un site.
Ce qui est bon aussi par rapport à ça, c’est que ça nous permet d’être entouré de personnes qui partagent nos convictions, qui sont engagées aussi. Ça, ça peut nous aider à garder le moral, surtout si les gens de notre entourage sont pas forcément aussi préoccupés que nous pour ces questions environnementales. Et moi, je me suis rendu compte que c’est quelque chose que je faisais pas assez. Donc, je vais essayer dès la rentrée de rejoindre une association ou un mouvement, quelque chose pour m’engager davantage dans la protection de l’environnement. Justement, pour essayer de manière très égoïste de réduire mon éco-anxiété et de rencontrer des personnes sympas.
Et puis aussi, il ne faut pas sous-estimer l’influence de nos comportements individuels. Les fameux éco-gestes dont je vous ai parlé. Parce que oui, on a besoin de solutions collectives, on a besoin de changements structurels, mais nos comportements individuels comptent aussi beaucoup. Parce qu’en faisant ça, ça nous permet d’influencer les personnes qui sont autour de nous, de montrer l’exemple en quelque sorte.
Moi, je l’ai vu très bien avec le véganisme. Au départ, je le faisais vraiment juste pour les animaux, pour moi. Je n’avais pas forcément vocation à convertir d’autres personnes. J’essayais de ne pas faire de prosélytisme. Mais à force d’en discuter avec les personnes qui me posaient des questions, notamment dans ma famille aux repas, ou avec mes amis, eh bien ils ont commencé à me dire qu’eux aussi, ils essayaient de réduire leur consommation de viande ou alors qu’ils avaient remplacé le lait de vache par le lait de soja. Et que c’était en grande partie suite aux conversations qu’on avait eues. Donc voilà, elles ne se sont pas forcément converties au véganisme, mais elles ont commencé à faire des petits efforts, à changer quelque chose dans leur mode de vie, ce qui a permis de réduire leur empreinte carbone.
Donc voilà, il ne faut pas sous-estimer l’influence de nos comportements individuels. D’autant plus qu’il y a un autre concept intéressant, le concept de bascule sociale. Basculer, ça veut dire « passer de l’autre côté ». Par exemple, on peut dire qu’un politicien de droite bascule à gauche, autrement dit qu’il passe du côté gauche ou un politicien de gauche bascule à droite. Dans les deux cas, c’est quelque chose qui arrive assez rarement. Mais la bascule sociale, c’est le fait qu’on sait que les politiciens prennent rarement des initiatives. En fait, ils font surtout de la récupération politique. Et il y a juste besoin, parfois, d’un petit nombre d’électeurs, d’un petit nombre de personnes qui ont exprimé un souhait pour que les politiciens y voient un intérêt, y voient une opportunité et décident de mettre ça en place. Donc, parfois, il y a besoin de seulement 10 % de la population, parfois c’est plus, mais avec un groupe assez réduit, ça nous permet de remporter des victoires, de provoquer des changements sans avoir besoin de convaincre la population entière. Parfois, ça peut commencer avec seulement quelques individus.
Ça, on en a un bon exemple avec le vélo. Si vous êtes allé à Paris récemment, vous avez vu que la ville s’est métamorphosée parce que maintenant, il y a des pistes cyclables partout. C’est pas encore Amsterdam, mais il y a quand même beaucoup, beaucoup maintenant de cyclistes à Paris. Et en fait, ça a commencé avec seulement quelques personnes qui se déplaçaient à vélo, ce qui a montré à d’autres que c’était possible de faire du vélo à Paris, même si, il faut reconnaître qu’il y a 20 ans, c’était assez dangereux de faire du vélo à Paris. Mais il y a des personnes qui ont tenu bon, qui ont continué d’aller au travail en vélo. Ça en a convaincu d’autres. Et puis, quand la mairie de Paris s’est rendue compte qu’il y avait de plus en plus de cyclistes, ils ont dû construire des pistes cyclables pour eux, mettre en place des vélos en libre-service. Et tout ça, ça a créé un cercle vertueux qui fait qu’aujourd’hui, il y a beaucoup plus de personnes qui se déplacent en vélo, qui ont abandonné la voiture. Et ça, ça a commencé seulement avec quelques individus. Donc, tout ça pour dire, il ne faut pas sous-estimer la portée de nos efforts individuels. Alors évidemment, il suffira pas de remplacer les voitures par des vélos et d’arrêter de prendre l’avion pour stopper le réchauffement climatique. D’ailleurs, maintenant, il n’est même plus question de stopper le réchauffement climatique. Les scientifiques disent surtout qu’il faut le ralentir parce que c’est impossible de le stopper. Donc voilà, il faut pas être naïf. Tout ne sera pas rose. Il y a certaines choses qui sont déjà perdues. On se rend compte actuellement avec les dizaines de milliers d’hectares de nature qui sont partis en fumée avec les incendies, tous les animaux qui sont morts, les personnes aussi qui ont perdu la vie à cause des conséquences du réchauffement climatique.
Donc voilà, on ne peut pas prétendre que cette transition écologique sera seulement quelque chose de joyeux, une sorte de fête collective, parce que ça, ce serait une autre façon, encore une fois, de regarder ailleurs. Il va falloir faire des sacrifices, il va y avoir des changements structurels, il va y avoir encore beaucoup de moments très difficiles. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il est encore possible de faire quelque chose. Et ça commence par ne plus regarder ailleurs. Il faut regarder le changement climatique en face, dans les yeux, dans toute sa gravité, dans toute son ampleur, et essayer de se mobiliser, chacun, chacune à son échelle, ne plus être dans l’inactivité ou dans le désespoir ou dans l’attente que quelqu’un d’autre règle le problème. On peut toutes et tous faire quelque chose à notre échelle. Donc maintenant, c’est vraiment le moment ou jamais. Voilà, merci à toutes et à tous d’avoir écouté cet épisode et on se retrouve très bientôt. Ciao.
