#56 - Noël en France

Noël en France
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Alors que la fin de l’année approche, les Français se préparent à fêter Noël. L’occasion pour eux de passer du temps en famille et de trop manger.

Mais Noël, comme chaque tradition, est aussi un phénomène culturel qui en dit long sur notre société, notamment sur la place de la religion.

Dans ce dernier épisode de l’année, nous parlerons aussi de la dimension économique de Noël et nous verrons pourquoi de plus en plus de Français détestent cette fête.

 

Sources :

Faure, S. (21/01/2015). Du voile aux crèches, 10 ans de polémiques laïques. Libération.

Observatoire de la laïcité (2016). Libertés et interdits dans le cadre laïque

(10/04/2018). Ce que contient la loi de 1905 sur la laïcité. Le Figaro.

Tôn, E. (24/12/2015). Pourquoi je déteste Noël. L’Express.

Collado, J. (21/12/2015). Je déteste Noël. Slate.

Xandry,V. (09.12.2018). Peut-on vraiment fêter Noël de façon responsable ?. Challenges.

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3 réflexions au sujet de “#56 – Noël en France”

  1. Merci beaucoup, Hugo. Ce sujet n’était pas ma tasse de thé et
    je ne m’attendait pas que ce sujet peut être si intéressant, peut avoir tellement de dimensions.A propos, en russe nous avons le même mot pour ce symbol religieux et la place pour les bébés.

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#56 – Noël en France

Episode 56 : Noël en France

 

[00:00:12] Salut à tous et bienvenue pour le dernier épisode de 2018. Enfin, j’imagine que certains vont sûrement l’écouter plus tard, en 2019 ou même peut-être dans quelques années. C’est drôle parce que quand j’enregistre un épisode, je ne sais pas si je dois faire comme si [as if] vous alliez l’écouter dès sa sortie, dès sa publication, ou alors faire quelque chose de plus neutre pour que les futurs auditeurs ne trouvent pas ça bizarre. Eh oui, voilà le genre de questions existentielles que se pose un podcasteur.

 

[00:00:47] En tous cas, j’essaye toujours de vous imaginer. Parce que sinon, c’est une situation un peu étrange. Je suis là, tout seul dans mon bureau à parler dans un micro et il n’y a personne en face. Donc pour rendre ça [to make it] un peu plus naturel, je fais comme si vous étiez là, dans mon bureau. Bon, je ne vous imagine pas tous, parce que sinon ça serait trop intimidant. J’ai vu dans les statistiques qu’il y a en moyenne plus de 10 000 auditeurs par épisode. « En moyenne » [on average], ça signifie que c’est le nombre moyen : pas le plus élevé ni le plus bas, celui entre les deux. Par exemple pour calculer la moyenne du nombre d’écoutes par épisode, j’ai pris la somme totale d’écoutes et je l’ai divisée par le nombre d’épisodes (donc par 55). Voilà, c’était la minute mathématique. J’espère que maintenant, vous avez compris ce qu’est une moyenne et ce que l’expression « en moyenne » veut dire.

 

[00:01:54] Alors, 10 000 auditeurs en moyenne par épisode, ça fait beaucoup ! Si je vous réunissais tous dans une salle de concert et que je devais parler devant vous sur scène, je crois que ça serait vraiment stressant. Donc quand je vous imagine, je pense seulement à certains d’entre vous, ceux que je connais. Parce qu’évidemment, je ne vous connais pas tous. Je connais seulement ceux qui m’ont écrit, et puis aussi certains de mes élèves qui écoutent peut-être. Alors si vous voulez que je pense à vous quand j’enregistre un épisode, vous savez quoi faire : contactez-moi ! Et le meilleur moyen de le faire, c’est de m’envoyer un email à l’adresse hugo@innerfrench.com. Ah oui, attention. Faites bien la différence entre « la moyenne », le nom féminin dont je vous ai parlé à l’instant avec mon exemple mathématique, et « le moyen » [the way]. « Le moyen », c’est un nom masculin qui veut dire « la manière de faire quelque chose ».

 

[00:03:00] Ah et une deuxième chose que je voulais vous dire avant d’entrer dans le vif du sujet, c’est que vous pouvez vous abonner [subscribe] au podcast pour être sûr de voir chaque nouvel épisode. Parfois, il y a des auditeurs qui me demandent de parler d’un sujet mais c’est un sujet que j’ai déjà traité ou que je viens de traiter ! Bien sûr, c’est pas grave, c’est pas un problème pour moi, mais si vous utilisez une application pour écouter le podcast, abonnez-vous pour être sûrs de ne rater aucun épisode.

 

[00:03:32] Ok maintenant on peut fermer la parenthèse et passer aux choses sérieuses[get down to business] !

 

[00:03:38] La fin de l’année approche et je sais pas si c’est la même chose pour vous, mais pour moi, c’est toujours une période un peu spéciale. Dans l’épisode que j’avais fait pour vous aider à préparer 2018, je vous avais dit que j’adore cette dernière semaine de l’année, entre Noël et le 31 décembre. J’adore cette période des fêtes de fin d’année parce que c’est l’occasion de passer du temps avec ses proches. Pour moi c’est très important parce que ça fait 4 ans que je vis à l’étranger et malheureusement, j’ai pas souvent l’occasion de voir ma famille.

 

[00:04:13] Vous avez vu ici, j’ai dit « voir ma famille » et pas « visiter ma famille ». Ça, c’est une erreur que j’entends très souvent, surtout chez les anglophones. Bon, c’est pas une erreur très grave, d’ailleurs aucune erreur n’est grave ! Vous savez que c’est normal de faire des erreurs quand on apprend une langue. Mais moi, je suis là aussi pour vous aider à éviter ces petits pièges [traps]. D’ailleurs, j’ai fait une leçon sur cette erreur dans mon programme Build a Strong Core. Donc normalement, ceux qui ont fait le programme ne commettent plus cette erreur ! Mais ça vaut le coup d’expliquer ça [it’s worth explaining it] à tout le monde. Et si vous le savez déjà, ça vous fait une petite révision.

 

[00:04:59] Alors, on ne dit pas « visiter ma famille » ni « visiter mes amis » parce qu’en français, on n’utilise pas le verbe « visiter » pour des personnes. On l’utilise seulement pour des lieux. Par exemple on peut visiter un musée ou une ville, mais pas un cousin ni une collègue.

 

[00:05:19] D’ailleurs, en général, les Français utilisent le verbe « visiter » assez rarement. Avec le verbe « visiter », il y a vraiment l’idée de regarder quelque chose en détail voire même d’inspecter. Par exemple quand vous allez au musée, vous regardez en détail toutes les œuvres [works]. Ou alors si vous voulez acheter une maison, vous la visitez, vous inspectez toutes les pièces pour être sûr qu’elles ne cachent pas de mauvaises surprises. Dans ces deux cas, les Français utilisent « visiter ».

 

[00:05:54] Mais quand ils passent des vacances dans une ville, ils utilisent plutôt le verbe « aller ». Ils disent : « on est allés à Rome pour les vacances » au lieu de dire « on a visité Rome ». Bon parfois ils le disent, mais plus rarement. Et pour des personnes, ils disent « aller voir » ou « rendre visite ». Par exemple : « je suis allé voir mes parents le weekend dernier » ou « j’ai rendu visite à mes parents ». « Rendre visite », c’est assez formel donc je vous conseille plutôt de dire « aller voir ». Bref, en général, je vous conseille d’utiliser le verbe « aller » plutôt que « visiter ». Il est très polyvalent et vous avez moins de chance de faire une erreur.

 

[00:06:39] Ok, je vais essayer d’arrêter les digressions, il faut vraiment qu’on commence à parler du vrai sujet de cet épisode. Ce sujet, c’est : Noël ! Rassurez-vous, on ne va pas vraiment parler des traditions et de ce que les Français mangent à Noël. D’abord, parce qu’à mon avis, c’est pas très intéressant  mais aussi parce qu’en général, les plats traditionnels sont tout sauf véganes… Donc je n’ai pas envie d’en faire la promotion ! Si vous voulez en savoir plus sur les traditions de Noël en France, vous pouvez facilement trouver des vidéos d’autres profs de français sur YouTube.

 

[00:07:18] Moi, j’ai plutôt envie d’analyser Noël sous un angle un peu différent. Parce que Noël, ça n’est pas juste des cadeaux et des chansons de Frank Sinatra. Comme toute tradition, c’est un phénomène culturel qui peut nous apprendre beaucoup de choses sur notre société. J’ai sélectionné 3 aspects qui me semblent intéressants : la dimension religieuse, la dimension sociale, et pour finir la dimension économique. Comme ça, j’espère que vous allez découvrir des choses que vous n’avez pas entendues ailleurs. Vous êtes prêts ? Alors, c’est parti !

 

 

 

[00:08:18] Aujourd’hui on a tendance à [we tend to] l’oublier, mais à l’origine Noël, c’était une fête religieuse. Moi par exemple, j’ai grandi [I grew up] dans une famille athée, une famille qui ne croit pas en Dieu. Mais j’ai toujours fêté Noël ! Et pendant très longtemps, j’étais pas du tout au courant [I wasn’t aware at all] de la dimension religieuse de cette fête. Pour moi, c’était juste une super journée où je recevais plein de cadeaux. Mais quand j’avais 10 ou 11 ans, j’ai appris que certains de mes copains d’école allaient à l’église pour le réveillon. « Le réveillon », c’est soit le soir de Noël, le 24 décembre, soit la Saint Sylvestre, le soir du 31 décembre. Quand c’est pas clair avec le contexte, on dit « le réveillon de Noël » ou « le réveillon du 31 décembre ». Mais bon là, c’est clair que je parle de Noël donc je dis juste « le réveillon ». Bref, j’ai appris que pour le réveillon, certains de mes camarades d’école allaient à l’église. Du coup [so], j’ai demandé à mes parents pourquoi nous, on n’allait pas à l’église pour Noël. Je me rappelle que ça les a fait beaucoup rire. Mais ensuite, ils m’ont expliqué que pour les Chrétiens, Noël, c’est l’occasion de célébrer la naissance de Jésus Christ. D’ailleurs, après Pâques, c’est la 2ème fête religieuse la plus importante pour eux. Pâques [Easter], c’est cette autre fête à la fin du mois d’avril pour célébrer la résurrection de Jésus.

 

[00:09:49] J’imagine que cette dimension religieuse de Noël est plus ou moins forte là où vous vivez. Enfin, seulement si on fête Noël dans votre pays bien sûr ! Et même si vous habitez dans un pays où on fête Noël, peut-être que vous, personnellement, vous ne le fêtez pas. Par exemple au collège, j’avais des amis musulmans et je me rappelle qu’ils étaient vraiment déçus de ne pas recevoir de cadeaux à Noël. Mais bon, souvent ils en recevaient à la fin du Ramadan, le jour de l’Aïd, donc ça réparait cette injustice !

 

[00:10:23] D’ailleurs, il faut savoir qu’en France, c’est assez difficile d’avoir des statistiques sur le nombre de personnes qui sont religieuses. En fait, la loi interdit de faire des statistiques officielles sur les religions. Les instituts de sondages [research institutes] peuvent poser la question et faire des estimations, mais il n’y a pas de statistiques officielles faites par l’Etat. Les différents sondages estiment qu’environ la moitié des Français n’ont pas de religion. Attention, ça veut pas dire que la moitié des Français sont athées, qu’ils ne croient pas en Dieu, mais simplement qu’ils n’appartiennent pas à une religion en particulier. Vu ce chiffre [Given this number], ça n’est pas très surprenant que Noël se soit largement sécularisé et qu’il y ait de moins en moins de monde dans les églises pour le réveillon.

 

[00:11:16] Par contre, il y a un symbole religieux de Noël qui suscite [spark off] régulièrement des polémiques en France, c’est la crèche [nativity scene]. La crèche de Noël vous savez, c’est une représentation de la naissance de Jésus. En général, c’est une maison avec le petit Jésus, sa maman la vierge Marie, les Rois mages [the Three Wise Men] et des animaux. Parfois on utilise aussi le mot « crèche » pour désigner des endroits où les parents peuvent laisser leurs enfants quand ils sont trop jeunes pour aller à l’école, les enfants de moins de 3 ans. Je crois que c’est un concept qui n’existe pas partout, mais en France, il y a ces lieux avec des employés qui s’occupent des enfants qui ne vont pas encore à l’école. Les parents peuvent y laisser leurs enfants pour quelques heures s’ils doivent aller faire des courses par exemple. Mais ici bien sûr, je parle de la 1ère définition de la « crèche », celle du petit Jésus.

 

[00:12:16] Cette crèche, elle peut avoir différentes formes. Parfois c’est juste un petit objet de décoration, et parfois il y en a des beaucoup plus grandes. Il en existe même qui sont à taille humaine avec des acteurs qui jouent les différents personnages et des vrais animaux. Je me rappelle qu’il y en avait une près de chez moi pour Noël quand j’étais petit. Mais je crois qu’elle n’existe plus maintenant.

 

[00:12:41] Alors là, vous vous demandez peut-être pourquoi la crèche est polémique en France. Pour comprendre ça, il faut faire un petit tour dans le passé, en 1905 pour être précis. En 1905, une loi très importante est adoptée, la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. On l’appelle aussi parfois la loi sur la laïcité [secularism]. Comme son nom l’indique, c’est une loi qui affirme que l’Etat n’a pas de religion. Donc il ne subventionne [grant-aid] aucune religion, il ne donne pas d’argent pour construire des églises ou d’autres lieux religieux. L’Etat laisse aux Français la liberté de culte, la liberté de choisir et d’exercer leur religion, mais seulement dans le cadre privé.

 

[00:13:32] Par contre, la religion n’a pas sa place dans l’administration. Autrement dit, les institutions publiques et les lieux administratifs doivent être complètement neutres. Aucun signe religieux ne doit y être présent. Et c’est la même chose pour les fonctionnaires, les agents publics. Quand ils travaillent, ils n’ont pas le droit de porter de signe religieux visible : pas de croix catholique ni de kippa ni de voile [headscarf]. Tous ces signes sont interdits. Et d’ailleurs, depuis 2004, ces signes religieux sont aussi interdits à l’école. Donc les élèves n’ont pas non plus le droit d’en porter.

 

[00:14:14] Je sais que ça peut sembler assez radical. Cette 1ère loi, celle de 1905, elle concernait surtout les catholiques parce qu’ils constituaient la religion la plus puissante en France. Mais aujourd’hui, certains disent que ces deux lois, celle de 1905 et celle de 2004, eh bien elles sont principalement utilisées pour discriminer les musulmans. Personnellement, je trouve que ce débat sur la laïcité est passionnant mais je suis pas sûr que ça vous intéresse. Si ça vous intéresse dîtes-le moi et j’y consacrerai un épisode.

 

[00:14:50] Maintenant, vous comprenez peut-être pourquoi les crèches sont polémiques. Comme c’est un signe religieux, il ne devrait pas y en avoir [there shouldn’t be any] dans les lieux administratifs. Le problème, c’est qu’on en voit parfois dans les mairies. La mairie [city hall], vous savez, c’est l’institution qui est en charge de la gestion d’une ville. Donc dans chaque ville, il y a une mairie. Et le maire [the mayor], c’est la personne qui dirige la ville. D’ailleurs faites attention à ne pas confondre « maire » (m-a-i-r-e) pour parler de ce politicien et « la mère » (m-è-r-e) d’un enfant. C’est la même prononciation, deux orthographes différentes et ça ne veut pas dire la même chose.

 

[00:15:37] Bref, plusieurs mairies ont eu des problèmes parce qu’elles avaient décidé d’installer une crèche pour Noël. En général, elles se défendent en disant que la crèche est devenue une tradition culturelle, qu’elle n’est plus religieuse. Forcément, comme la religion catholique est présente depuis longtemps en France, c’est devenu difficile de séparer la dimension religieuse et la dimension culturelle. Mais c’est problématique parce que les personnes qui ne sont pas catholiques peuvent être gênées [feel uncomfortable] de voir une crèche et un petit Jésus dans leur mairie qui est censée être [is supposed to be] neutre. Surtout que, comme je vous l’ai dit, tous les autres signes religieux sont formellement [strictly] interdits. Donc pourquoi devrait-on faire une exception pour les crèches ? Finalement face à toutes ces polémiques, le Conseil d’Etat a décidé en 2016 d’interdire les crèches dans les espaces publics.

 

 

 

[00:16:54] Maintenant, on va laisser de côté [leave aside] la dimension religieuse de Noël et on va analyser sa dimension sociologique. Au niveau sociologique, la fête de Noël en dit long sur l’état de la famille. Ah oui, ça c’est une expression très utile : « en dire long sur ». « En dire long sur » [to say a lot about], ça signifie tout simplement que ça nous donne beaucoup d’informations, c’est révélateur, c’est significatif. Alors Noël en dit long sur la famille, parce que pendant cet événement, on peut voir quelle vision les Français ont de la famille. Justement, depuis quelques années, il y a une tendance assez visible dans les  médias, c’est les articles contre Noël. On voit de plus en plus d’articles qui ont pour titre « Pourquoi je déteste Noël », « Ces Français qui ont arrêté de fêter Noël », etc. etc. Critiquer Noël, c’est devenu très à la mode [trendy]. Et les auteurs de ces articles ou les personnes qui témoignent ont plusieurs arguments pour expliquer pourquoi ils n’aiment pas Noël.

 

[00:18:04] D’abord, il y a toute la préparation qui précède l’événement. Bien sûr, il faut acheter les cadeaux mais aussi décorer la maison et le sapin, faire les courses pour le repas, etc. Souvent, les Français font deux repas [meals]: un dîner le soir du 24 et un déjeuner le lendemain, le 25. Et tout doit être parfait ! Il faut trouver le bon cadeau pour chacun, que tous les plats [courses] soient délicieux et que tout le monde passe un bon moment. Donc cette exigence de perfection peut vite devenir stressante, surtout pour ceux qui préparent le repas. Ou plutôt « celles » qui préparent le repas parce qu’en général, ce sont souvent les femmes qui s’occupent de tout ça. Car oui, en France, le partage des taches domestiques [housework], c’est pas encore ça [it’s not perfect yet]!

 

[00:18:57] Bref, on a tellement envie que tout soit parfait que ça crée parfois des tensions. D’ailleurs, dans un sondage de 2015, « 39% des Français disaient avoir peur de se disputer au repas de Noël ». 39% ! C’est comme si la dispute était devenue un plat à part entière [fully-fledged], entre le fromage et le dessert. Bon, je caricature un peu. Dans ma famille, on ne se dispute jamais pour Noël. Mais alors pourquoi certaines personnes ont peur de ça ?

 

[00:19:31] Souvent, c’est parce qu’à Noël, on est obligé de porter un masque. On n’est pas complètement soi-même. Bon, vous pouvez me dire que c’est toujours le cas. Dans chaque sphère de notre vie, on doit jouer un certain rôle : au travail, on est un employé ou un directeur, à la maison, on est un parent ou un enfant, avec nos amis, on est cette personne toujours sympa ou sarcastique. Bref, on adapte un peu notre personnalité aux personnes avec qui on est. Le problème à Noël, c’est qu’on peut être obligé de porter plusieurs masques en même temps pour faire plaisir à tout le monde. Ou alors, on est obligé d’en porter un en particulier qu’on déteste.

 

[00:20:14] Vous savez, il y a toujours ces histoires, ces anecdotes, qu’on raconte aux repas de famille. Le jour où la petite Julie a pleuré parce qu’elle n’a pas reçu le cadeau qu’elle voulait pour Noël. Ensuite, des années plus tard, quand Julie n’est plus une petite fille, elle continue d’entendre cette histoire à chaque Noël. Sa famille continue de la voir comme cette petite fille capricieuse même si maintenant, elle est complètement différente. Et d’une certaine manière, elle doit continuer de jouer ce rôle que sa famille lui a attribué.

 

[00:20:49] J’ai trouvé une citation [quote] dans un de ces articles qui dit : « Noël est le moment idéal pour célébrer l’hypocrisie qui est à la base de toute société ». Bon, vous pouvez trouver ça un peu exagéré mais peut-être qu’il y a une part de vérité [an element of truth]. Je vais mettre cet article dans les sources de l’épisode pour que vous puissiez le lire si vous avez envie.

 

[00:21:14] Si on prend du recul [If we look at the big picture] par rapport à tout ça, on voit que notre rapport [relation] à la famille a évolué. Les gens sont devenus beaucoup plus individualistes. Avant, c’était normal de porter ce masque devant sa famille. On y était habitués, on le faisait toute notre vie. Mais ça devient de plus en plus difficile. Les gens n’ont plus envie de « faire semblant », de prétendre être quelqu’un d’autre. Ils préféreraient peut-être rester chez eux et se faire des cadeaux eux-mêmes.

[00:21:46] Certaines personnes voient Noël comme une forme d’obligation, de devoir familial. Un devoir qui est de moins en moins nécessaire parce que, contrairement à avant, aujourd’hui l’individu n’a plus besoin de sa famille pour sa survie économique. Ça, il me semble que j’en ai déjà parlé dans l’épisode 39, l’épisode sur l’amour avec la théorie de la sociologue Eva Illouz. Comme l’individu n’a plus besoin de sa famille pour sa sécurité et son confort matériel, il ne comprend pas pourquoi il devrait se forcer à porter un masque. Je sais que c’est un peu cynique comme analyse et qu’on ne peut pas résumer la famille à ça. Mais on ne peut pas nier [deny] que la famille est une construction sociale et qu’elle ne joue pas le même rôle dans chaque société. Donc je pense que c’est assez intéressant d’analyser son évolution à travers l’exemple de Noël.

 

 

[00:23:02] Pour finir, on va parler de la dimension économique de Noël. Décembre, c’est un très bon mois pour les entreprises dans le secteur de la distribution. Elles sont dans une situation idéale parce qu’elles ont en face d’elles des clients qui sont obligés d’acheter. Je dis « obligés » parce que oui, il y a une forme d’obligation, de pression sociale, de faire des cadeaux. Vous imaginez des parents qui disent qu’ils ne font pas de cadeaux à leurs enfants pour Noël ? Les monstres ! Même si ces parents s’occupent très bien de leurs enfants et de leur éducation par ailleurs [besides]. À Noël, la société nous dit qu’il faut faire des cadeaux aux enfants. Et les enfants l’ont bien compris. Ils découvrent de plus en plus tôt que le Père Noël n’existe pas et que ce sont leurs parents qui achètent les cadeaux qu’ils ont mis sur leur liste. Mais évidemment ça ne change rien, ils continuent de demander des cadeaux. Ensuite, quand ils sont trop vieux pour ça, on leur donne de l’argent.

 

[00:24:06] Et c’est la même chose entre adultes. Si on veut montrer à une personne qu’on tient à elle [she means a lot to you], qu’elle est importante pour nous, la société nous dit qu’on doit lui offrir quelque chose.

 

[00:24:18] Évidemment, je suis mal placé [I’m in no position] pour critiquer ça. J’ai eu la chance de recevoir beaucoup de cadeaux à Noël (et j’en reçois toujours). Bien sûr, les gens le font d’abord par générosité. Mais j’ai l’impression que c’est une générosité qui est de plus en plus imposée, dictée par la société et par les sociétés. Quand je dis « les sociétés », je fais référence aux entreprises parce qu’on dit aussi « une société » pour parler d’une entreprise. À Noël, ces sociétés mettent en scène [stage] cette générosité dans leurs campagnes publicitaires. Selon elles, un Noël réussi, c’est un Noël avec des enfants qui ouvrent des tonnes de cadeaux et qui font une indigestion de chocolat !

 

[00:25:06] Mais aujourd’hui, il y a de plus en plus de gens qui s’opposent à cette consommation forcée. Ils savent qu’elle a un impact négatif sur l’environnement, que beaucoup de ces cadeaux ne sont jamais utilisés. Maintenant, il y a même tout un business de revente de cadeaux de Noël sur internet. Après les fêtes, les gens revendent les cadeaux qu’on leur a offerts parce qu’ils les aiment pas ou qu’ils en ont pas besoin. C’est un peu absurde non ?! On passe du temps à chercher et acheter des cadeaux, et ensuite les gens à qui on les a offerts doivent aussi passer du temps à les revendre.

 

[00:25:44] Noël, c’est une période de grand gaspillage [waste]. « Le gaspillage », ça vient du verbe « gaspiller ». Et « gaspiller », ça veut dire qu’on n’utilise mal ou pas totalement quelque chose et qu’à cause de ça, on le perd. Ici, dans cet exemple, si on prépare trop de nourriture pour le repas de Noël, on la gaspille parce qu’on ne mange pas tout et qu’on doit la jeter à la poubelle. Alors qu’à côté, il y a des gens qui n’ont pas assez à manger. Bien sûr, ça n’est pas seulement le cas à Noël, c’est comme ça toute l’année. Mais malheureusement à Noël, ce gaspillage est encore plus démesuré.

 

 

[00:26:49] Voilà, je vais m’arrêter là parce que j’ai pas envie de gâcher [to spoil], de ruiner votre Noël. Simplement, que ce soit à Noël ou pour d’autres occasions, je pense que c’est important de faire attention à ceux qui nous entourent, ceux qui sont autour de nous. Notre famille bien sûr, mais aussi tous ceux qui n’ont peut-être pas le même confort matériel que nous et qui, eux, ont vraiment besoin de notre générosité. Par exemple au lieu d’acheter des cadeaux inutiles, on peut faire un don à une association.

 

[00:27:25] Pour finir, j’espère vous avoir aidé à faire des progrès en français cette année, et j’espère que vous aurez toujours envie de m’écouter l’année prochaine ! En tout cas moi, je suis très motivé pour continuer. Un grand merci à vous pour votre soutien [support], pour tous les gentils messages et les encouragements que vous m’avez envoyés. Je vous rappelle que les transcriptions de tous les épisodes sont disponibles sur mon site innerfrench.com donc n’hésitez pas à aller y faire un tour si vous voulez les lire.

 

[00:27:59] Passez de très bonnes fêtes de fin d’année et on se retrouve en 2019 !

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