#112 Le lycée français 2.0

Chaque année, en juin, les lycéens français et leurs parents n’ont qu’un seul mot à la bouche : «bac», ou baccalauréat, cet examen qu’il faut réussir pour finir le lycée et commencer ses études supérieures.

© Jeanne Menjoulet sur Flickr

Mais pour les Français, le bac est bien plus qu’un examen. C’est une véritable institution créée par Napoléon en 1808, et un rite de passage qui marque l’entrée dans l’âge adulte.

Alors quand le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer a proposé de le réformer en 2019, tout le monde s’est demandé ce qui allait changer. Cette année, après les retards liés au covid, les lycéens français testent ce bac 2.0.

Ingrid et Hugo ont profité de l’occasion pour se remémorer leurs souvenirs de lycée et discuter des conséquences de la réforme Blanquer.

Le futur du podcast

Comme vous l’avez peut-être remarqué, le podcast innerFrench a commencé à changer.

Ingrid et Ania ont rejoint l’équipe pour apporter des points de vue différents. Il y a eu moins d’épisodes en solo et plus de conversations. Nous avons aussi fait des interviews d’experts dans différents domaines.

Nous voulons continuer à vous faire progresser en vous proposant des discussions de plus en plus proches du « monde réel », le monde des Français qui parlent vite !

Mais nous ne voulons pas vous décourager non plus ! InnerFrench est là pour vous donner confiance en vous et vous prouver que vous êtes capables de comprendre beaucoup de choses en français.

Une autre question importante pour nous est celle du financement du podcast. Aujourd’hui, le podcast demande beaucoup de temps et de travail, mais il ne génère pas de revenus (les plateformes de streaming ne payent pas les podcasters). 

Alors pour pouvoir continuer à publier des épisodes, nous envisageons différentes solutions comme créer un abonnement payant ou ajouter des publicités.

Mais avant de prendre ces décisions, nous voulons connaître votre avis. Nous avons donc créé un petit questionnaire auquel vous pouvez répondre en moins de 4 minutes :

Nous avons hâte de lire vos suggestions !

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Transcription de l'épisode

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Hugo: [00:00:07] Salut à toutes et à tous ! C’est Hugo et je suis ravi de vous retrouver aujourd’hui en compagnie d’Ingrid.

Ingrid: [00:00:20] Salut à toutes et à tous ! Salut Hugo !

Hugo: [00:00:23] Alors c’est bientôt les vacances. On prépare le dernier épisode de la saison. Ce n’est pas encore cet épisode, là, c’est l’avant dernier épisode. Et ensuite, en juillet et en août, on va faire une petite pause. On va prendre des vacances. Et à cette occasion, on va repenser un peu le futur du podcast. Et on aimerait vous demander votre avis pour savoir dans quelle direction on doit emmener, on doit développer le podcast innerFrench. Donc pour ça, on va vous envoyer un petit sondage dans les prochains jours. Je vous invite à checker votre boîte email pour nous aider à décider notamment du financement du podcast. C’est une question qu’on se pose depuis plusieurs mois dans l’équipe : comment faire pour financer le podcast ? On a réfléchi à peut-être intégrer des publicités ou bien à proposer un abonnement avec des épisodes spéciaux réservés aux abonnés, des bonus, etc. Mais on a envie de vous laisser choisir la solution qui vous semble la plus adaptée. Donc c’est pour ça qu’on organise ce sondage. Et dedans on va aussi vous demander quel type de sujet vous préférez, quel format vous voulez pour les épisodes. Est-ce que vous voulez des épisodes plus longs, plus courts ? Est-ce que vous voulez plus d’épisodes en solo, plus de conversations, plus d’interviews avec des experts, etc., etc. ? Donc c’est un sondage qui va être très important pour nous. On vous invite vraiment à y répondre pour donner votre avis. Donc voilà, vérifiez votre boîte email dans les prochains jours.

Ingrid: [00:01:58] Oui, parce que c’est vrai que pour l’instant, on tâtonne un peu. Tâtonner, c’est chercher vaguement comment faire les choses. On a testé plein de choses. Nous, on s’amuse beaucoup à faire le podcast, notamment les conversations comme celle qu’on va avoir aujourd’hui, dans lesquelles on raconte un peu nos vies. Mais on ne sait pas forcément si c’est ce qui vous plaît le plus ou d’autres types de sujets, ou peut-être des épisodes plus courts. Donc voilà, ce sera à vous de nous dire. Mais en attendant, on va partir aujourd’hui sur un sujet d’actualité. Et en fait, on va plutôt utiliser ce sujet d’actualité pour vous raconter un peu nos expériences et pour se raconter, entre nous, nos expériences de lycéens de l’époque où on avait dix-sept, dix-huit ans.

Hugo: [00:02:50] Et de lycéenne.

Ingrid: [00:02:51] Et de lycéenne, oui. J’ai beau être féministe, la langue inclusive à l’oral en français, c’est difficile et un peu lourd, mais oui, c’est vrai pour moi, j’étais lycéenne. Pourquoi aujourd’hui ? Aujourd’hui, on est le mercredi 15 juin, donc au moment où on enregistre et les lycéens viennent de passer l’épreuve du baccalauréat de philosophie. Alors un détail, « passer », ça veut dire seulement « faire l’épreuve.» On sait que ça peut être un peu compliqué parfois. Dans d’autres langues, on a des mots qui ressemblent à « passer » qui veulent dire « réussir.» Eh bien non ! Les lycéens aujourd’hui ont seulement répondu, fait leur rédaction de philosophie et on ne sait pas encore si ils ont réussi l’épreuve. Donc c’est une épreuve du baccalauréat qui est très importante dans la symbolique française. Depuis des années, on en parle aux informations, on cite les sujets. C’est toujours un sujet de reportage qui revient régulièrement. À la radio, on essaye de répondre au sujet à la place des lycéens, donc c’est un rendez-vous assez important. Cependant, cette année, c’était pas vraiment la même chose qu’à notre époque et on va parler un peu de ça dans ce podcast.

Hugo: [00:04:15] Oui, c’est vrai qu’aujourd’hui le lycée n’a plus grand-chose à voir avec celui qu’on a connu, toi et moi, Ingrid. Alors ne plus avoir grand-chose à voir ou ne plus avoir rien à voir, c’est une expression pour dire que ça ne se ressemble pas, qu’il n’y a plus vraiment de points communs. Par exemple, on peut dire : la cuisine thaïlandaise et la cuisine mexicaine, ça n’a rien à voir. Autrement dit, il n’y a aucune ressemblance. Bon, ce n’est pas vrai parce que c’est deux cuisines qui sont assez épicées. On peut trouver quelques points communs. Et là, c’est la même chose : le lycée qu’on a connu est le lycée actuel, il y a quand même encore certaines ressemblances. Mais il y a eu plusieurs changements assez majeurs pendant ces dernières années, qui concernent à la fois la scolarité (donc les trois années que les lycéens passent au lycée) et le bac, qui est cet examen final qui termine en fait cette scolarité au lycée avant que les lycéens ne deviennent des étudiants. Donc avant qu’ils ne commencent leurs études supérieures.

Ingrid: [00:05:28] Oui, le bac, c’est quelque chose qui en fait existe dans d’autres pays, probablement aussi chez vous. Je sais qu’il y a le bachillerato, les SAT je crois aux Etats-Unis. Bon, c’est des équivalents. C’est un examen qui permet d’entrer à l’université ou dans les études supérieures. Et cet examen existe depuis très longtemps, mais il a connu plusieurs réformes. Et notamment très récemment, il y a eu une grosse réforme et maintenant il est différent. On va essayer d’en parler un petit peu, mais même nous, on n’a pas tout compris ! C’est toujours un peu compliqué.

Hugo: [00:06:08] C’est assez complexe, c’est vrai. Et ça fait longtemps, très longtemps, plusieurs dizaines d’années que les politiciens parlent de réformer le bac, mais c’est vraiment une institution en France. Il y a toujours eu beaucoup de réticences à le faire. Et là, c’est la première fois qu’il y a une réforme aussi profonde. Donc effectivement, c’est quelque chose d’assez important. On en parle beaucoup en France. Et ça a été rendu encore plus complexe par le Covid, parce que la réforme a commencé en pleine pandémie, ce qui a aussi changé beaucoup l’organisation des cours, des examens, etc. Et là, c’est vraiment la première année que les lycéens passent le bac dans son nouveau format et en intégralité. Donc on va parler de ça. On va essayer de voir un peu à quoi ressemble la scolarité d’un lycéen ou d’une lycéenne française aujourd’hui. Et puis on s’est dit que cet épisode serait utile pour vous, parce que comme ça…

Ingrid: [00:07:07] Vous allez pouvoir réviser du vocabulaire, tout simplement ! Vous allez pouvoir aussi avoir du vocabulaire très utile suivant votre situation. Si vous avez des enfants qui vont au lycée français dans vos pays, si vous déménagez en France, si vous vivez en France. Bref, peut-être même qu’il y a des jeunes qui peuvent éventuellement faire une année d’études au lycée en France. Donc voilà, vous êtes… Ça va être intéressant, j’espère et utile pour votre vocabulaire.

Hugo: [00:07:39] On commence ?

Ingrid: [00:07:39] Eh bah oui, c’est parti !

Ingrid: [00:07:52] Avant de vous parler du baccalauréat qui termine la scolarité avant les études supérieures, on va rapidement rappeler comment se passe la scolarité en France. La scolarité en France commence à l’âge de trois ans avec l’école maternelle, dont d’ailleurs je vous ai parlé il n’y a pas si longtemps dans un épisode sur la garde d’enfants. Donc ça, c’est jusqu’à six ans, les petits petits. Ensuite, on a la primaire pour les enfants de six à onze / douze ans, à peu près. Ensuite, on a le collège, plutôt pour les pré-adolescents, donc jusqu’à quatorze / quinze ans. Et enfin, les trois dernières années de scolarité, c’est le lycée. C’est ce qui va nous intéresser, de quinze à dix-sept, dix-huit ans. Donc vous voyez, le bac, on le passe au moment où on devient adulte.

Hugo: [00:08:47] Ouais. Et d’ailleurs, le nom des classes, je sais que ça peut prêter à confusion parfois parce qu’on commence, quand les élèves entrent au collège, la classe, c’est la sixième. Donc ils commencent par la sixième, l’année suivante, cinquième, quatrième, troisième. Là, c’est la fin du collège. Ensuite, ils entrent au lycée. Et au lycée, la première classe, c’est la seconde, ensuite la première et pour finir la terminale. Ça, c’est les trois années du lycée : seconde, première, terminale.

Ingrid: [00:09:19] C’est un peu n’importe quoi quand on y pense !

Hugo: [00:09:23] Ça peut, ça semble pas… Bon, c’est logique, mais on fait les classes dans l’ordre décroissant, en commençant par la sixième.

[00:09:32] Alors, l’école en France est obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans. Ça vaut le coup de le rappeler parce que ce n’est pas la même chose dans tous les pays. Mais ça ne veut pas dire que tous les Français vont au lycée. Après le collège, les collégiens ont deux options pour leur orientation : soit ils vont au lycée qu’on appelle « général et technologique », soit ils vont plutôt dans la filière professionnelle. Et dans la filière professionnelle, ils ont deux options aussi : le lycée professionnel et le Certificat d’Aptitude Professionnelle. Ce certificat dure deux ans, ce qui fait que le collège, ils le terminent à quatorze ans. Ensuite, ils ont deux ans de CAP, et ils terminent le CAP à seize ans. Donc tout le monde en France finit… enfin, tout le monde en France reste à l’école au moins jusqu’à l’âge de seize ans.

Hugo: [00:10:23] Si on prend un peu la répartition des élèves, 50 % des élèves vont au lycée général et 20 % au lycée technologique. Donc ça, c’est la filière générale et technologique, ça représente 70 % des élèves. Et le reste, environ 30 % vont dans la filière professionnelle. Donc dans la filière professionnelle, il y a plus de cours qui concernent vraiment la pratique. C’est des cours qui sont moins généraux et qui forment plutôt à un métier spécifique dans plein de domaines différents. Les élèves peuvent choisir les métiers qui les intéressent le plus, alors que dans la filière générale, on a encore le temps de choisir son orientation plus tard et, en général, on va à l’université après et on continue les études. Alors que dans la filière professionnelle, souvent les élèves commencent à travailler dès l’âge de dix-huit ans, voire seize ans pour certains.

Ingrid: [00:11:21] Je pense que ça pourrait être intéressant de développer un jour en faisant des recherches et en discutant notamment avec les personnes concernées de la filière professionnelle. Mais pour l’instant, donc, quand on parle du bac, on parle du lycée général surtout. Surtout que, comme c’est la grande majorité des jeunes Français juste avant dix-huit ans, donc pour l’instant, on va, on va parler de ça aujourd’hui.

Hugo: [00:11:49] Ouais. Alors on va peut-être parler un peu de nos années au lycée, de notre scolarité ?

Ingrid: [00:11:54] Bah allez, c’est parti !

Hugo: [00:11:56] Alors est-ce que tu te souviens de ta rentrée en seconde ?

Ingrid: [00:12:00] Alors la rentrée exactement, je me souviens pas vraiment précisément. Mais plus ou moins je me rappelle du début du lycée, en tout cas : la découverte de cet endroit, la découverte des matières. Personnellement, ça n’a pas été un saut dans le vide, ça n’a pas été si différent. Mon lycée, c’était le lycée de secteur, à cinq minutes à pied de chez moi. Mon collège, c’était le collège de secteur (bon, j’avais déménagé entre temps, mais dans la même ville, donc je retrouvais exactement les mêmes camarades au lycée). Alors il faut savoir que dans chaque ville, il y a des collèges et il y a des lycées. Et il y a beaucoup plus de collèges que de lycées. Et puis il y a encore plus d’écoles primaires que de collèges, etc. Donc plus on avance dans les études… Enfin, plus on avance dans les classes d’école, plus on se retrouve avec plus d’élèves. Donc quand je suis arrivée au lycée, il y avait tous mes camarades du collège, plus des camarades qui venaient d’autres collèges. Ça, ça a été la grosse différence, c’est qu’on était encore plus nombreux. Je ne sais plus combien c’était, mais c’était plus gros. Et toi ?

Hugo: [00:13:13] Dans les classes aussi, il y a plus d’élèves. On est une trentaine en général au lycée, il y a une trentaine d’élèves par classe.

Ingrid: [00:13:20] Ouais et au collège, c’était vingt-cinq, peut-être quelque chose comme ça. Je pense que ça a dû changer parce que plus les années passent, plus il y a d’élèves dans les classes, moins il y a de profs. Mais ouais… Toi, ça t’avait… ça t’avait fait un choc, il y avait une grosse différence quand tu es entré en seconde ?

Hugo: [00:13:37] Ouais, moi je sais que j’appréhendais un peu parce que j’étais dans… Donc au collège j’étais plutôt dans un collège de banlieue et après, au lycée, je suis allé au lycée du centre ville, un lycée assez bourgeois. Je connaissais pas grand monde qui allait dans ce lycée. J’allais pas retrouver de camarades de collège. Donc je sais que j’appréhendais, j’avais un peu peur. Et pour moi, le lycée, c’était le… c’était le symbole de la liberté absolue parce que contrairement au collège, on pouvait sortir quand on n’avait pas d’heures de cours, on pouvait sortir entre deux cours alors que, au collège, c’était impossible. Au collège, si on avait une heure de pause entre deux cours, on devait rester dans le collège. On n’avait pas le droit de sortir alors qu’au lycée, on pouvait sortir, aller boire un café à côté. Donc ça, pour moi, c’était vraiment devenir adulte. Et puis il y avait d’autres différences. Je ne sais pas si toi, dans ton lycée, il y avait une salle fumeur, mais moi il y en avait une. Donc je crois que maintenant, c’est interdit, il me semble.

Ingrid: [00:14:42] Euh ouais, maintenant c’est interdit. Moi, en fait, on fumait dans la cour du lycée (donc la cour, la partie extérieure, mais qui était dans l’enceinte du lycée) mais seulement jusqu’à ma seconde. À partir de la première, il y a la loi Evin (donc la loi Evin, c’est la grande loi pour limiter le tabac) qui est passée en France. Et à ce moment-là, c’était plus autorisé dans les lycées. Mais je pense que t’as un an ou deux ans de plus que moi, donc ça a dû…

Hugo: [00:15:13] Ouais. Moi, je ne sais pas si j’ai connu la fin de la salle fumeur au lycée. Mais j’en ai vraiment un souvenir impérissable. C’était une espèce d’aquarium, en fait.

Ingrid: [00:15:23] Ouais, ça devait être horrible ! Des lycéens qui fument toute la journée…

Hugo: [00:15:27] Mais c’était vraiment the place to be, donc c’était l’endroit cool. Il fallait être dans cet aquarium et fumer des cigarettes.

Ingrid: [00:15:35] Même si tu fumes pas, c’était le tabagisme passif.

Hugo: [00:15:38] Exactement, exactement. Mais pourtant, c’était une salle, en plus, qui permettait de passer d’un autre côté du lycée, en fait. Ce n’était pas juste une salle fumeur. Donc parfois, on passait à travers cette salle juste pour aller, voilà, dans une autre aile du lycée et instantanément, on était sûr de sentir la cigarette pour le restant de la journée.

Ingrid: [00:16:02] Les bons ados français !

Hugo: [00:16:03] Les bons ados français. Mais la cigarette, c’est vraiment quelque chose qui faisait partie de l’identité lycéenne française. Peut-être que c’est un peu moins vrai maintenant, je sais pas.

Ingrid: [00:16:12] Je sais pas. Je sais pas, mais le prix du paquet a doublé donc bon ça, c’est autre chose, un autre thème. Mais euh… nous, à l’époque, c’était vachement plus accessible. Je ne sais pas comment ça se passe maintenant.

Hugo: [00:16:23] C’est vrai, c’est vrai que c’est très cher maintenant. J’espère qu’on ne sonne pas comme des vieux dinosaures, mais voilà. Donc maintenant il est interdit de fumer dans les lycées. Il y a un autre truc qui a été interdit, c’est les distributeurs de snacks et de boissons. Moi, je me souviens qu’il y avait un distributeur dans mon lycée. Et ça aussi, c’était le truc très cool, d’aller s’acheter du Coca ou alors un Kinder entre deux cours. Et ça a été interdit, en fait, à la fin de ma seconde. Donc peut-être que toi tu n’as pas connu le distributeur au lycée.

Ingrid: [00:16:55] Ah non, pas du tout. Ça, me… Ça me dit rien. Non, nous, on devait…

Hugo: [00:16:59] C’était interdit.

Ingrid: [00:17:00] On sortait du lycée, on allait au grec à côté. C’était la seule… Fumer des clopes et manger des grecs !

Hugo: [00:17:09] Ouais. Ça c’est un bon résumé de la scolarité des lycéens français.

Ingrid: [00:17:14] Mais une autre chose qui change peut-être un peu plus, liée à la scolarité, c’est que, au lycée, à partir de… donc en seconde, c’est encore un peu similaire au collège, mais à partir de la première, donc l’année suivante, ça commence à changer vraiment beaucoup puisqu’on est divisés en filières. Enfin, on était parce que maintenant, c’est plus pareil. Mais si on prend nos années à nous et le système qui a duré jusqu’à 2020, jusqu’au moment du Covid : au collège, on avait tous les mêmes cours, à part quelques options. En seconde, on avait encore tous les mêmes cours, mais on commençait à faire notre choix pour l’année suivante. Et la première et la terminale qui sont les deux années du bac (puisqu’on passe des épreuves sur deux années), on était divisés à l’époque en plusieurs filières : donc scientifique, économique et sociale et littéraire. Plus en techno, il y avait sciences sciences, comment..? Sciences et technologie de la gestion, et sciences de l’ingénieur. Voilà des choses comme ça. Mais donc en… Disons la grande majorité, 50 % des lycéens, enfin des jeunes de cet âge, était divisés entre scientifique, économique et social et littéraire. Toi Hugo, tu étais en ?

Hugo: [00:18:40] Alors tu peux deviner peut-être ?

Ingrid: [00:18:41] Économique et sociale.

Hugo: [00:18:42] Exactement, économique et sociale !

Ingrid: [00:18:45] Et moi ? Tu peux deviner ?

Hugo: [00:18:47] Toi, je dirais soit économique et sociale, donc ES, soit littéraire. J’aurais tendance à dire littéraire.

Ingrid: [00:18:53] Ouais, j’étais en littéraire.

Hugo: [00:18:55] Ouais, donc, vous l’avez deviné, la filière scientifique, c’était principalement des maths, de la physique et de la biologie, des matières scientifiques. En économique et sociale, on avait majoritairement de l’histoire-géographie et des sciences humaines et économiques. Et en littéraire, vous aviez plutôt…

Ingrid: [00:19:15] C’était d’abord la philosophie, en terminale, c’était le plus important. Et on avait la littérature qu’aucun autre n’avait, il me semble.

Hugo: [00:19:25] Et les langues étrangères aussi, non ?

Ingrid: [00:19:27] Beaucoup de langues étrangères. Et aussi l’histoire-géo qui avait un coefficient important. Coefficient, c’est ce qui indique l’importance de chaque matière au bac et en général aussi le nombre d’heures qu’on va avoir. Donc, nous, en littéraire le plus important, le coefficient le plus important et le plus d’heures qu’on avait, c’était la philosophie. Mais il y avait aussi une grande importance pour les matières que j’ai citées avant. Et moi, je m’étais, pardon, mais juste moi je m’étais battue pour, ce que tu me disais, soit je m’étais battue pour aller en L parce que je voulais vraiment faire ça, mais que j’avais des assez bonnes notes pour aller en S et que S, bah c’est un peu la voie royale qu’on me disait. Et donc voilà, j’avais un peu saboté mes résultats en physique chimie pour que la prof de physique chimie m’aide à aller en L parce que vraiment je trouvais que ça avait l’air trop intéressant.

Hugo: [00:20:23] C’est vrai parce qu’en fait, l’objectif de ces filières au départ, c’était d’aider les élèves à commencer à se spécialiser avant leurs études supérieures. Mais ce qui s’est passé dans la réalité, c’est qu’il y a eu une sorte de hiérarchie implicite des filières. On considérait que la meilleure filière, c’était la filière S, ensuite la filière ES et la filière L, que c’était plutôt pour les lycéens qui réussissaient moins bien que les autres. Alors qu’en fait beaucoup de lycéens choisissaient la filière L par affinité, comme c’était l’objectif au départ. Mais voilà, progressivement, au fil des années, il y avait cette hiérarchie qui s’était mise en place. Et c’est ça qui a motivé aussi la réforme du lycée.

Ingrid: [00:21:11] Ouais, donc, la réforme Blanquer. Blanquer, du nom du ministre de l’Education de l’époque qui vient juste de partir.

Hugo: [00:21:23] Exactement, exactement. Donc c’est un ministre qui était plutôt populaire au départ mais qui a rapidement perdu en popularité. Et le symbole de ça, c’est qu’il s’est présenté là, aux élections législatives pour être élu député, et il a perdu dès le premier tour, il a été éliminé dès le premier tour. C’est la première fois qu’il se présentait à une élection parce que quand il a été nommé ministre, il a été nommé par le Premier ministre, mais il n’y a pas besoin de gagner une élection pour devenir ministre. Là, c’était sa première élection et il a été éliminé immédiatement, ce qui montre qu’il était finalement assez impopulaire. Et ça, c’était en grande partie à cause de sa gestion de la crise sanitaire. Beaucoup de profs, de parents d’élèves et de directeurs d’établissements scolaires se sont plaints de Jean-Michel Blanquer et… en disant qu’il avait très très mal géré l’organisation des cours et des examens pendant la crise du Covid, qu’il n’avait pas beaucoup de respect pour les profs etc. Donc voilà, il est devenu assez impopulaire. Mais c’est quand même lui qui a poussé cette réforme qu’on attendait depuis très longtemps. Alors peut-être qu’Ingrid tu peux nous expliquer un peu pourquoi on a fait cette réforme.

Ingrid: [00:22:41] Alors, l’objectif de la réforme c’était de… bon, comme tu le disais déjà, d’éviter qu’il y ait des filières qui soient beaucoup plus considérées (comme la filière scientifique) et d’autres au contraire qui soient un peu, comme on dit, « des voies de garage », c’est-à-dire que c’est un chemin qui ne mène à rien. Et c’était aussi l’objectif de mieux préparer les lycéens à… aux études supérieures et au monde du travail, en les spécialisant beaucoup plus rapidement sur des matières qui étaient des matières que eux allaient choisir. Donc c’était un objectif qui répondait à des inquiétudes sur le fait que le baccalauréat perdait de la valeur. On a beaucoup dit que plus le temps passe, plus les années passent et plus le bac est facile à voir, qu’il est même donné, donc offert gratuitement aux lycéens sans qu’ils aient besoin de travailler et qu’ensuite ça ne leur permet pas de réussir spécialement leurs études ou quoi. La preuve en est que quand en première année de licence, donc la première année d’études, 60 % seulement des étudiants vont jusqu’au bout et réussissent leurs examens pour continuer en deuxième année. Donc voilà, c’était l’objectif. Mais ensuite, déjà, quelle est cette réforme ? Peut-être avant de dire tout ce qui… J’ai du mal à dire les objectifs parce que j’ai déjà en tête le fait que ça n’a pas du tout fonctionné et que c’est très critiqué ! Mais petit à petit, on va y arriver. Peut-être qu’on peut d’abord expliquer en quoi ça consiste.

Hugo: [00:24:29] Alors, la réforme Blanquer, donc ça concerne à la fois la scolarité au lycée et l’examen final, le baccalauréat. Donc, concernant la scolarité au lycée, les filières ont disparu. Maintenant, il n’y a plus la filière scientifique, économique et sociale, et littéraire. Mais à la place, il y a ce qu’on appelle « un tronc commun.» Le tronc, c’est… Ça s’écrit T R O N C, c’est comme avec un arbre. Un arbre, la partie principale de l’arbre, c’est le tronc. Donc il y a un tronc qui ensuite se divise en branches. Là, c’est pareil au lycée maintenant, il y a un tronc commun, c’est-à-dire des matières que tous les lycéens doivent étudier. Ces matières, c’est le français, l’histoire-géographie, l’enseignement moral et civique, une langue vivante 1 et une langue vivante 2, l’éducation physique et sportive (le sport), les humanités numériques et scientifiques (alors ça, ça n’existait pas à mon époque, je ne sais pas exactement ce que c’est)

Ingrid: [00:25:32] Moi non plus !

Hugo: [00:25:32] Et pour finir, la matière reine, la philosophie. Donc ça, c’est le tronc commun, les matières que tous les lycéens doivent étudier. Mais ensuite, en première, ils doivent choisir trois spécialités parmi cette liste donc : écologie, agronomie et territoire, histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (ça, c’est une spécialité), humanités, littérature et philosophie (ça aussi, c’est une autre spécialité), arts, mathématiques, numérique et sciences informatiques, langues et littératures étrangères, etc., etc. Je ne vais pas toutes les faire parce qu’il y en a pas mal. Donc en première, les élèves choisissent trois spécialités. Comme ça, ils doivent commencer à s’orienter. Ils doivent commencer à se demander ce qu’ils vont vouloir étudier plus tard, après le lycée. Ils doivent commencer à faire des choix et voir un peu quelles matières leur plaisent le plus. Donc, ils choisissent trois spécialités en première et en terminale, ils en gardent seulement deux. Et ces deux spécialités, ils vont devoir ensuite les passer au bac. On va en reparler un peu plus tard. Ça, c’est la nouvelle organisation. Il n’y a plus ces trois filières, mais à la place, il y a un menu avec des spécialités à la carte à choisir.

Ingrid: [00:26:51] Et donc maintenant, je pense que je peux… Tout ce qu’a dit Hugo, ça m’a rappelé, j’ai noté toutes les critiques qui sont faites envers cette réforme ! Alors assez rapidement, mais il y en a beaucoup. Déjà la première, je pense que peut-être, vous l’avez compris en écoutant l’explication d’Hugo, c’est qu’on demande aux élèves de s’orienter de façon très précoce. À partir de seize ans, on leur demande d’avoir une vision assez claire de ce qu’ils veulent et donc de choisir des matières qui vont, après, déterminer leur futur. Et on sait qu’à cet âge-là, on ne fait pas forcément des choix qui sont guidés par… enfin, de toute façon on ne sait pas. Donc on peut avoir des problèmes ensuite, au moment de vouloir étudier, de se dire : « ah mince, j’ai pas fait de maths pendant deux ans et maintenant je veux faire une… un métier dans lequel il faut absolument avoir fait des maths.» En plus, il y avait pas… il n’y a pas de communication ou il n’y a pas de lien direct entre les études supérieures et les lycées. Donc, même quelqu’un qui sait déjà ce qu’il veut faire, il ne sait pas forcément exactement quel est le meilleur menu à choisir pour après avoir des bonnes capacités et être accepté même dans les études supérieures qu’il veut faire. Une autre critique qui est faite et qui est en train d’être corrigée, c’est qu’il n’y avait plus de maths. Il n’y avait pas de mathématiques dans le tronc commun. Donc pour pouvoir faire des maths, il fallait choisir ça en spécialité. Il me semble que moins de la moitié… les maths étaient une des spécialités les plus demandées, mais même avec ça, il y a quand même plus de la moitié des lycéens qui ne faisaient plus de maths au lycée. Et donc, quand même, les maths, c’est assez important pour les études, pour beaucoup de domaines, en tout cas, d’études supérieures. Et ça a été très critiqué. Et d’ailleurs, ça, c’est quelque chose qui a été changé cette année ou qui va passer. C’est trop tard pour cette année mais à la rentrée de septembre ouais.

Hugo: [00:29:01] Il me semble que c’est pour l’année prochaine. J’ai lu que cette année 63 % des lycéens n’ont pas choisi les maths comme spécialité. Donc voilà, plus des deux tiers des lycéens n’ont pas fait de maths au lycée. Et alors que pendant très longtemps, c’était aussi considéré comme une matière essentielle. Donc voilà, il y a beaucoup de parents d’élèves et de profs qui se sont alarmés de cette situation.

Ingrid: [00:29:24] Et alors, les profs… Moi, j’ai beaucoup d’amis profs. Ils détestent Jean-Michel Blanquer. Les profs disent que, en fait… c’est à peu près logique, la réforme, le fait de pas mettre les maths dans le tronc commun, ça répondait aussi au fait qu’il n’y a pas assez de professeurs de mathématiques en France donc ça permettait un peu de cacher le problème en faisant en sorte qu’il n’y ait plus besoin de autant de professeurs. Et de manière générale, il y a beaucoup de critiques comme ça qui viennent des profs qui se rendent compte en fait de soucis d’organisation, qui ne sont pas forcément évidents quand on en parle comme ça. Mais voilà des profs qui manquent sur certaines matières, d’autres profs qui ont tout d’un coup un travail qui est complètement modifié. Et puis aussi et surtout, je pense que c’est une des choses les plus importantes, c’est qu’il y a une grosse différence suivant là d’où on vient, là où on vit et qu’il y a certains lycées qui proposent des super spécialités, mais il y en a d’autres, normalement, ils sont censés en proposer douze, mais ils ont du mal à en proposer plus de six voilà, parce qu’ils n’ont pas les moyens, ils n’ont pas les professeurs disponibles. Et donc forcément, il y a des élèves qui vont avoir un meilleur lycée, un meilleur baccalauréat que d’autres. C’est en train de créer des inégalités et c’est pour ça que c’est critiqué.

Hugo: [00:30:52] Exactement. Donc en fonction de la ville dans laquelle on habite ou du lycée qui est le plus proche de chez nous, on ne va pas pouvoir choisir forcément les mêmes spécialités. Donc, autrement dit, on n’offre pas les mêmes possibilités à tous les lycéens. Et ça, c’est une source d’inégalité assez flagrante qui est très critiquée.

Ingrid: [00:31:25] Alors maintenant, venons-en au vif du sujet. Qu’est-ce que le baccalauréat exactement ? Alors, pour faire simple, c’est donc le diplôme qui permet de terminer le lycée et d’entrer en études supérieures. Pour le collège, on a un autre diplôme qui s’appelle le brevet. Il me semble que le brevet c’est pas obligatoire pour passer au lycée. Par contre, le baccalauréat, c’est obligatoire pour faire des études supérieures. Le bac, c’est un diplôme qui existe depuis très longtemps, depuis Napoléon début 1800. Donc vous vous imaginez bien que ça a beaucoup changé depuis. Mais c’était déjà cette idée, à l’époque, d’avoir un examen national sur les matières les plus importantes (scientifiques, histoire-géo, etc.) pour qu’il y ait une espèce de diplôme qui permette de mettre tout le monde un peu sur un pied d’égalité et de valider qu’on a tous les mêmes connaissances.

Hugo: [00:32:25] Ouais. Et le bac, on peut dire qu’il occupe une place assez importante dans la culture française, dans l’imaginaire collectif. C’est vraiment ce qu’on appelle « un rite de passage », une épreuve par laquelle il faut passer pour pouvoir devenir adulte. Donc, chaque année, quand il y a le bac, on en parle beaucoup aux informations. On parle notamment des sujets de philosophie qui ont été proposés et c’est une source de stress assez conséquente pour les lycéens. Parce que voilà, on a tendance à en faire une montagne. Donc ça, c’est une bonne expression. « Faire une montagne de quelque chose », ça veut dire « avoir tendance à exagérer l’importance de quelque chose.» Donc, le bac, on en fait une montagne dès la première année de lycée, on en parle aux lycéens. Les profs leur disent : « Attention, c’est très important. Vous vous préparez pour le bac. C’est peut-être l’examen le plus important de votre vie.» Donc il y a beaucoup d’appréhension, beaucoup de peur autour de cet examen. C’est vraiment quelque chose qui est très important dans la culture française.

Ingrid: [00:33:36] Je dirais même qu’on en parle depuis la primaire, quoi, qu’on se dit quand on est petit : « oh là là, un jour, je vais passer le bac, ça va être super difficile !» On s’imagine que c’est un truc, un truc assez horrible. Alors que bon, finalement, pas tant que ça.

Hugo: [00:33:51] Non, ça va.

Ingrid: [00:33:52] Quels sont les critères pour avoir son bac ? C’est assez facile à avoir.

Hugo: [00:33:55] C’est assez facile. Donc il faut avoir une moyenne générale d’au moins 10 sur 20. Et vous savez peut-être que, en France, les examens sont notés sur 20, de 0 à 20. Donc pour passer, il faut avoir la moyenne. Il faut avoir 10. Et la moyenne se calcule en prenant le résultat aux différentes épreuves et en les divisant en fonction des coefficients. Il faut avoir une moyenne de 10 sur 20. Et si on a une note inférieure, donc 8 ou 9, on a la possibilité de passer des rattrapages. Autrement dit, on nous donne une deuxième chance et en général, ça se passe à l’oral. Donc si on a raté la philosophie, on peut passer un rattrapage de philosophie avec un prof pour essayer d’obtenir une meilleure note. Donc on a beaucoup de chances qui sont de notre côté pour pour réussir le bac.

[00:34:44] Et ensuite, en fonction de notre note, on peut obtenir une mention. Il y a différentes mentions. Si vous avez 12 sur 20, c’est la mention assez bien. 14 sur 20, c’est la mention bien. 16 sur 20, la mention très bien. Et à partir de 18 sur 20, vous avez ce qu’on appelle « les félicitations du jury », donc ça, c’est la meilleure mention. Donc voilà, en général, on se souvient des notes qu’on a eues au bac, de notre mention et ça aussi, ça fait partie de l’imaginaire collectif parce que les parents disent à leurs enfants : « Moi, tu sais, le bac, c’était comme ça. J’ai eu telle note en histoire. J’ai complètement raté l’épreuve de philo, etc.» Donc voilà, c’est vraiment un sujet de discussion important en France.

Ingrid: [00:35:32] Et du coup, toi, t’étais stressé avant les épreuves ? C’était quelque chose que tu voyais comme super difficile et tout ?

Hugo: [00:35:39] Ouais, ouais, j’étais assez stressé parce que… bon j’étais plutôt bon élève au lycée, je crois que je le dis à chaque épisode, je suis très fier de ça… Mais j’avais vraiment envie de réussir, d’avoir une excellente note. Je voulais absolument avoir une mention. Donc j’avais pas mal travaillé, j’avais beaucoup révisé. Et voilà, j’avais vraiment envie d’avoir la meilleure note possible. Donc ouais, j’étais un peu stressé, j’étais un peu stressé. Et toi ?

Ingrid: [00:36:06] Pas du tout ! J’ai pas révisé. Alors je me suis rendu compte, quand je suis rentrée en prépa, qu’il y avait quand même une grosse différence suivant les lycées, parce que, par exemple, j’ai des amis que j’ai rencontrés donc après, pendant les études supérieures, qui se rappelaient de comment le proviseur (donc le directeur du lycée) passait dans les classes pour leur dire « il y a un taux de tant, de félicitations, etc.» Et alors nous, mais… On ne nous a jamais parlé de la mention. Personne dans ma classe n’a eu les félicitations, absolument personne. Il me semble qu’il y a eu une mention bien. Et moi j’ai révisé… aller, deux semaines avant, mais en plus, comme je ne savais pas travailler parce que… (je vous ai raconté ça dans un autre épisode) mais j’avais absolument aucune méthode de travail et aucune capacité de concentration. Donc ça a été, voilà… J’y suis allée…. Ce qui est bien, c’est que je n’étais pas stressée. J’ai découvert le stress des examens beaucoup plus tard, quand j’étais à l’université et que j’ai commencé à me préoccuper un peu plus de mon avenir. Donc voilà.

Hugo: [00:37:14] Et du coup, tu te souviens des notes que tu as eues au bac ? Tu te souviens des épreuves que tu as réussies ou celles que tu as ratées ?

Ingrid: [00:37:23] Ah oui, plus ou moins. J’étais stressée au moment ou j’étais devant la feuille où je me disais : « Ouh là là…»

Hugo: [00:37:30] Au moment où c’était trop tard.

Ingrid: [00:37:31] Et j’avais des bonnes notes. Je pense que dans ma… au lycée, je pense que j’étais première ou deuxième de la classe, enfin des trucs… Voilà, j’étais… j’avais des facilités. Mais le jour du bac, pour plusieurs épreuves, j’ai fait, par exemple, j’ai choisi un sujet que je choisissais jamais d’habitude, alors que j’étais capable de faire l’autre. Enfin voilà, le format examen sur table, ça a pas du tout réussi. Et je partais tôt en plus, j’étais là : « oh c’est bon, j’ai fini. Allez, salut !» Alors qu’après, quand j’ai fait des études, je me suis forcée à rester longtemps, quitte à faire des pauses et à recommencer etc. Mais je n’étais pas du tout assez mature pour être au top de mes capacités. Toi, toi, au contraire, t’étais hyper organisé, t’as fait tes meilleurs résultats au bac, non ?

Hugo: [00:38:21] Ouais, il y a quelques épreuves, notamment le français. Je devrais pas m’en vanter, mais l’épreuve de français, j’avais… On avait différentes possibilités, donc on pouvait faire un commentaire de texte ou on pouvait faire… Je ne sais plus comment ça s’appelait, mais un écrit créatif ou quelque chose comme ça…

Ingrid: [00:38:41] Écriture d’invention.

[00:38:42] Écriture d’invention. Et j’avais écrit une histoire qui avait pas du tout plu, je pense au correcteur ou à la correctrice donc j’avais eu seulement 10 sur 20. C’était vraiment un gros échec. Mais ensuite, sinon, ouais, le bac en terminale, j’étais plutôt content de mes notes. Mais ce que tu racontes, ça montre que la préparation à l’examen est très différente d’un lycée à l’autre, en fonction du directeur, du proviseur, en fonction de l’équipe des profs etc. Il y a des lycées à Paris qui sont très bien préparés, qui font des bacs blancs. Donc un bac blanc, c’est un faux examen pour se mettre dans les conditions de l’épreuve et se préparer vraiment au bac. Et ça, c’est très inégalitaire d’un lycée à l’autre. Mais bon, je pense que c’est un peu la même chose dans beaucoup de pays, malheureusement.

Ingrid: [00:39:34] Est-ce qu’il y a une épreuve pour toi qui était plus stressante qu’une autre ?

Hugo: [00:39:39] Euh… l’épreuve de philo était assez stressante parce que je voulais avoir une bonne note. Et je me souviens que c’était… En fait, je vais faire un épisode sur la philo un peu plus tard parce qu’un des auditeurs a envoyé un email en demandant pourquoi la philosophie est si importante pour les Français et c’est une excellente question ! Donc je ne vais pas trop en parler dans cet épisode, j’en parlerai dans un dans un futur épisode. Mais ouais la philo, c’était… Je me souviens que c’était assez stressant. Et tu te souviens du moment où tu as découvert tes notes ?

Ingrid: [00:40:11] Ouais, je m’en souviens très bien ! Parce que, en fait, je me souviens d’une chose en particulier (et c’est une chose que j’ai évoquée à demi-mot je crois, quand on a fait notre épisode sur l’attention), c’est que ma prof principale était présente. Et c’était ma prof de philo. Et donc j’ai vu mes notes. J’avais eu mention assez bien je crois, j’étais à la limite de bien. Et donc je lui dis. Moi, j’étais contente. Pour moi, c’était juste, « c’est fini », aucun… Et elle a levé les yeux au ciel, elle a fait : « Pfff… Si tu avais travaillé, tu aurais eu « très bien ».» Et je me suis dit, et ça m’est resté que… plus de dix ans après, je m’en souviens en me disant : « Mais qu’est ce que…?» Enfin, déjà c’est horrible de dire ça… Voilà, c’est trop tard, c’est passé. Et en plus c’était son rôle, enfin c’était le rôle… Elle aurait dû me le dire. Enfin, elle aurait dû m’encourager au cours de l’année, se rendre compte que j’avais des facilités, mais qu’en fait je n’avais pas de méthode de travail ou quoi.

Ingrid: [00:41:10] Et en philo, je me rappelle que le jour de l’examen, c’est une des matières sur lesquelles j’ai essayé de jouer la sécurité. J’ai essayé de faire un truc tout beau, tout bien alors que tout le long de l’année j’avais… Voilà, je faisais des trucs un peu plus persos et ça fonctionnait. Donc voilà, je me souviens que moi j’étais contente et totalement neutre par rapport à la mention ou mes notes. Mais voilà, ma prof m’a rappelé que comme on m’a dit toute ma scolarité : « tu aurais pu faire beaucoup mieux !» Et j’ai cru que ça allait marquer toute ma vie. Et c’est récemment que je me suis rendu compte qu’en fait voilà… C’est pas aussi simple. Et toi, tu te souviens de ce moment?

Hugo: [00:41:51] Je m’en souviens assez bien et malheureusement… Donc j’ai eu des bonnes… j’étais très content de mes notes, mais la joie a été de courte durée, comme on dit. La joie n’a pas duré longtemps. Parce que ma copine de l’époque était très très compétitive et on n’était pas dans la même classe, mais on était tous les deux dans la même filière en ES. Et donc moi j’ai eu la mention très bien, elle, elle a eu la mention bien. Et elle était vraiment à quelques dixièmes de point d’avoir la mention très bien. Et elle a pleuré en découvrant ses notes. Et après, elle était vraiment en colère contre moi que j’ai une meilleure mention qu’elle. Et du coup, je n’ai pas pu vraiment célébrer ça. Je n’ai pas pu fêter… par respect pour elle donc…

Ingrid: [00:42:34] Mon pauvre !

Hugo: [00:42:34] Donc voilà, c’était une joie douceamère, comme on dit.

Ingrid: [00:42:41] Alors ça, c’était pour notre époque, où on découvrait toutes ses notes de bac, tous ensemble, sur des espèces de panneaux d’affichage énormes. Mais pour les lycéens d’aujourd’hui, c’est un peu différent puisque le bac est divisé entre les notes terminales qui ne sont pas si nombreuses et les notes finales. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ça peut-être ?

Hugo: [00:43:08] Ouais. Donc la grande différence du bac maintenant, c’est que 40 % de la note finale dépend du contrôle continu. Autrement dit, des notes que les lycéens obtiennent en première et en terminale pendant leur scolarité avant l’examen. Et ça, c’est la grande nouveauté parce que nous, à notre époque, tout le bac, quasiment je pense, mais l’intégralité de la note dépendait de notre résultat à l’examen. Alors que maintenant, ça dépend des notes tout au long de l’année. Ça, c’est assez positif parce que ça permet… En tout cas, ça force les élèves à travailler toute l’année et pas seulement deux semaines avant le bac pour réviser ou bachoter, comme on dit.

Ingrid: [00:43:52] Tu parles de moi là ?!

Hugo: [00:43:55] Comme Ingrid a fait, certainement. Donc « bachoter », ça veut dire « réviser quelque chose, apprendre quelque chose, mais en général, pour l’oublier juste après.» Donc la plupart des lycéens bachotent, ils essayent d’emmagasiner, d’apprendre toutes les connaissances dont ils ont besoin pour le bac. Et dès que l’épreuve est terminée, ils oublient tout. Donc ça, ce n’est pas très productif. C’est pour ça que maintenant, il y a le contrôle continu. Les lycéens sont obligés de travailler, d’étudier, tout au long de l’année pour obtenir des bonnes notes. Ces notes qui vont compter pour leur note finale au bac.

Ingrid: [00:44:32] Et encore une fois, on ne va pas détailler pourquoi. Je pense que c’est assez évident. Mais cette modalité du contrôle continu est assez critiquée, notamment par les professeurs, parce que d’un lycée à l’autre, c’est très différent. Et tout le monde sait que dans certains lycées, les professeurs sont beaucoup plus exigeants, etc. Donc ça fait vraiment des baccalauréats qui n’ont pas du tout la même valeur suivant le lycée d’où on vient. Parce que dans certains lycées, comme peut-être celui où j’étais où on se dit « bon là-bas, les profs sont plus cools parce que ce n’est pas un très bon lycée, quoi.» Donc ouais… C’est aussi une des modalités qui est critiquée.

Hugo: [00:45:15] Exactement. Parce qu’avant le bac était corrigé au niveau national. Donc les épreuves n’étaient pas corrigées par les professeurs du lycée, par nos professeurs, mais elles étaient… les copies étaient corrigées de manière complètement anonyme, ce qui mettait un peu tous les lycéens sur un pied d’égalité. On estimait que si vous aviez 15 au bac à Châteauroux par exemple, c’était la même chose que d’avoir 15 au bac à Marseille, à Paris, etc. Alors que maintenant, comme une partie de la note dépend du contrôle continu, le lycée dans lequel vous allez a une grande importance pour vos études supérieures. Les universités, quand elles sélectionnent les élèves, elles ont tendance à regarder le classement de leur lycée. Est-ce que l’élève vient d’un bon lycée, un lycée parisien, un lycée bordelais, etc. ou au contraire d’un lycée qui est plutôt mal classé et qui n’a pas bonne réputation ? Et ça, encore une fois, c’est source d’inégalité.

Ingrid: [00:46:17] Après, en termes d’épreuves, donc maintenant, il y en a beaucoup moins logiquement puisqu’il y a 40 %, comme on disait, qui est tout au long de l’année. Et finalement, les épreuves telles que nous, on les a connues, il y en a trois. Il y a une épreuve de français en première, une épreuve…

Hugo: [00:46:38] Deux épreuves de français : il y a le français écrit et le français oral qui restent.

Ingrid: [00:46:42] Ah oui, qui fait après une note globale de français. Ouais, comme nous, on avait. Donc ça, c’est… En fait, il y a trois… deux… trois épreuves de matières qui restent un peu symboliquement les mêmes. En première, tout ce qui est français, en terminale, la philo qui est donc, comme on disait, une entité, un symbole du baccalauréat donc ils l’ont gardée un petit peu pour ça, et aussi parce que peut-être la philosophie, c’est quand même… l’écrit est très important. Et après, il y a une nouvelle chose. Alors là, j’ai pas tout à fait compris de quoi il s’agit. J’avoue que là, ça y est je… On est dans l’âge où on n’a pas assez de jeunes de cet âge autour de nous et pour nous c’est beaucoup trop loin. Donc voilà, en tout cas, il y a une épreuve qui s’appelle « le grand oral.»

Hugo: [00:47:32] C’est ça. Alors oui, le grand oral, bon, ce n’est pas si compliqué, en fait, je vais essayer d’expliquer ça. Les élèves, on vous a dit qu’ils doivent choisir deux spécialités. Et pour le grand oral, ils doivent préparer deux sujets qui sont en rapport avec ces spécialités. Ensuite, le jour de l’examen, les lycéens arrivent avec leurs deux sujets. Ils ont en face d’eux deux professeurs (ça fait beaucoup de « deux ») et les professeurs choisissent un des deux sujets. Après ça, l’élève a vingt minutes, je crois, pour préparer ce sujet, préparer ce qu’il va dire. Et ensuite pendant dix minutes, il présente ses idées par rapport… pour répondre au sujet, en fait, aux deux professeurs. Ça, ça permet d’évaluer la capacité d’analyse, d’argumentation et de présentation des lycéens. Donc voilà, c’est l’objectif de ce grand oral.

Ingrid: [00:48:32] Qui, d’ailleurs, est aussi critiqué parce que inégalitaire, parce que forcément, ça fait appel à la culture générale, à des capacités d’expression à l’oral qui ne sont pas données à tout le monde, et des choses que normalement on apprend plus tard, mais que certains élèves ont la chance, par leurs parents et leur milieu social, de maîtriser déjà beaucoup mieux dès 18 ans.

Hugo: [00:48:58] Ouais, des codes, des compétences interpersonnelles, etc., etc. qui ne sont pas forcément enseignés au lycée mais que certains lycéens possèdent déjà grâce à leur milieu familial.

Ingrid: [00:49:11] Mhm, ouais. Bon, finalement, le… Donc là, on vous parle du bac, mais il faut savoir que ce n’est pas non plus… On vous a dit symboliquement la mention, le stress, le premier examen, ça c’est important dans l’imaginaire français. Mais concrètement, ce n’est pas ce qui détermine les études, l’entrée dans les études supérieures puisque le choix des études supérieures se passe avant via une plateforme qui s’appelle Parcoursup. À notre époque c’était Admission Post-Bac, maintenant c’est Parcoursup. Si vous regardez les infos françaises, vous en avez sûrement entendu parler parce qu’il y a plein de débats autour de cette plateforme. Mais donc finalement les notes du bac quand les élèves, surtout maintenant qu’avec… ils ont 40 % de notes de contrôle continu, ils savent à peu près s’ils vont l’avoir ou pas. Donc après bon, c’est une formalité administrative de le valider pour continuer là où ils savent déjà qui vont aller avant même de le passer.

Hugo: [00:50:15] C’est vrai. Ça fait des années que les gens disent que le bac était plus difficile à leur époque et que maintenant on donne le bac à tout le monde. Donc voilà, la réforme va un peu dans ce sens là. Moi, en étudiant un peu cette réforme, cette nouvelle formule du bac, je ne peux pas forcément dire s’il est plus facile ou non. Ce qui est sûr, c’est que le taux de réussite a augmenté. L’année dernière, 94 % des lycéens ont obtenu leur bac. On se rapproche vraiment des 100 %, alors qu’à notre époque, c’était plutôt entre 80 et 90 %, il me semble.

Ingrid: [00:50:57] Mais en plus, avec… J’ai vu que beaucoup de profs disaient que les notes sont les notes du contrôle continu sont remontées, en général. Enfin, l’objectif, globalement, du lycée des évaluations, enfin, du système, c’est de permettre au plus de lycéens possible de valider leur bac et de partir en études supérieures. L’objectif, ce n’est pas de les faire redoubler, recommencer. De toute façon, voilà, c’est… Il n’y a pas beaucoup d’argent pour avoir plus de lycéens. Donc le mieux c’est qu’ils réussissent et qu’ils partent.

Hugo: [00:51:33] Exactement. Donc le bac, ce n’est plus vraiment un outil de sélection, c’est plus vraiment un filtre, mais certains disent que ça devient une formalité administrative, comme tu as dit. Une formalité administrative, ça veut dire « une chose qu’on doit faire, un document à remplir qui ne demande pas du tout de réflexion, mais voilà, c’est juste une chose qu’on a à faire dans l’administration pour…»

Ingrid: [00:51:59] C’est comme payer ses impôts.

Hugo: [00:52:00] Voilà, payer ses impôts, c’est une formalité administrative.

Hugo: [00:52:05] Voilà, je pense qu’on a fait le tour sur cette réforme. Bon, comme d’habitude, on pourrait encore développer et dire beaucoup de choses, mais on a voulu vous donner une vision un peu synthétique. On espère avoir réussi. Les lycéens pourront découvrir s’ils sont bacheliers ou non, autrement dit s’ils ont réussi leur bac, début juillet. Je ne sais pas quelle est la date exacte, mais…

Ingrid: [00:52:26] Je crois que c’était le 7. Je ne l’ai plus sous les yeux. Mais en tout cas, les rattrapages, c’est le… entre le 8 et le 10. Donc logiquement, les résultats, c’est un jour avant.

Hugo: [00:52:36] D’accord, ok, ok. Donc voilà, les lycéens pourront bientôt découvrir leurs notes au bac. Et ensuite ils pourront prendre des vacances bien méritées avant de commencer leurs études supérieures.

Ingrid: [00:52:49] Et voilà, nous aussi on va pouvoir prendre des vacances. Parce que moi, je suis en vacances demain, donc…

Hugo: [00:52:54] Voilà, les vacances commencent pour Ingrid. Moi, ce sera un peu plus tard. Il y aura encore un épisode avant cet été qui sera normalement une interview avec une experte du français parlé en Belgique. On va parler d’accents, de belgicismes, etc. Je pense que ça va être un épisode passionnant. Je vous donne rendez-vous dans deux semaines, si tout va bien. Et voilà !

Ingrid: [00:53:19] Très bien. Eh bah, à bientôt et bon été à tous, du coup !

Hugo: [00:53:22] À bientôt, ciao !

Ingrid: [00:53:24] Au revoir ![/simple_tooltip]

Pendant les élections présidentielles, vous avez probablement entendu parler d’Éric Zemmour, candidat d’extrême-droite. Vous savez sûrement qu’il était ces dernières années chroniqueur régulier sur la chaîne CNews, qui lui a donné beaucoup de visibilité. Mais savez-vous à qui appartient cette chaîne de télé ? À Vincent Bolloré, un industriel et une des plus grandes fortunes de France.

Il possède de nombreuses chaînes de télé, des radios, des journaux, des maisons d’édition… Et il ne se gêne pas pour se servir de ses médias pour imposer sa vision traditionnaliste de ce à quoi devrait ressembler la France.

Dans cet épisode, Ingrid dresse le portrait de cet homme essentiel à connaître pour bien comprendre les enjeux politiques de la France d’aujourd’hui.