#84 Le français est-il une langue sexiste ?

Quand on apprend le français, on découvre rapidement que tous les noms ont un genre : masculin ou féminin. «Le soleil», «la lune», «un verre de vin», «une tasse de café». Le problème, c'est qu'il n'est pas facile de connaître le genre d'un nom simplement en le regardant dans les yeux ! Alors, même après des années d'apprentissage, on continue de faire des erreurs.

Tim Mossholder sur Unsplash

Quand on apprend le français, on découvre rapidement que tous les noms ont un genre : masculin ou féminin. «Le soleil», «la lune», «un verre de vin», «une tasse de café». Le problème, c’est qu’il n’est pas facile de connaître le genre d’un nom simplement en le regardant dans les yeux ! Alors, même après des années d’apprentissage, on continue de faire des erreurs.

Mais cette question du genre ne pose pas seulement problème aux apprenants. Les Français eux-mêmes, ou plutôt les Françaises elles-mêmes, commencent à voir que la langue de Molière ne les traite pas de la même manière. Certaines règles de grammaire rendent les femmes invisibles, des noms de professions n’existent qu’au masculin. L’écriture inclusive a donc fait son apparition pour combattre cette inégalité de traitement.

Alors, pour mieux comprendre ce débat qui déchaîne les passions en France depuis quelques années, nous allons nous intéresser à l’origine du genre dans la langue française et à la question du sexisme.

Sources :

• Violi Patrizia. Les origines du genre grammatical. Langages, n°85, 1987. Le sexe linguistique, sous la direction de Luce Irigaray. pp. 15-34.

• Létoublon Françoise. Le soleil et la lune, l’eau et le feu selon Meillet: De la grammaire comparée à l’anthropologie. Histoire Épistémologie Langage, tome 10, fascicule 2, 1988. pp. 127-139.

• Lorenzo Sandra (28/02/2019). Autrice, le féminin qui gênait tant l’Académie française est tout sauf un néologisme. HuffingtonPost.fr

• Isabelle Delorme (21/03/2020). Sexiste, la langue française ? LeDevoir.com

• Roubin Sandra (14/12/2017). Le sexisme dans la langue française. Agir par la culture n°52 (hiver 2017).

• Sato Sayaka, Gygax Pascal M., Gabriel Ute (10/2013). Gender inferences: Grammatical features and their impact on the representation of gender in bilinguals. Bilingualism: Language and Cognition, volume 16, issue 4, pp. 792-807.

• Avez Peggy (18/07/2017). Pourquoi le langage déforme-t-il les choses? La réponse de Bergson. Simoneetlesphilosophes.fr

You just need to create a free account.

If you like the podcast, leave a review
on your favorite app to support us!

Transcription de l'épisode

Connectez-vous ou créez un compte
pour lire la transcription.

Ces épisodes pourraient vous intéresser aussi

16 réponses

  1. Salut Hugo, j’ai aimée cet podcast. En Argentine c’est la même chose avec le genre neutre, et nous sommes en train d’utiliser le langage inclusive malgré la « Real Academia Española ». À bientôt, Cristina

  2. Hugo, je pense que ce podcast compte parmi un de tes meilleurs. C’est un sujet auquel je pense beaucoup en parlant des langues romanes et je crois que tu nous as montré beaucoup d’exemples où des mots et leurs genres influencent nous pensées de la culture. Le fait qu’il existe un décalage de 25 ans pour le droit de voter pour les femmes entre des pays aux langues latines et des pays anglophones est presque assez de preuve que des mots et leurs genres influencent fortement nos pensées de la structure de nos sociétés. Merci pour la 84e fois que tu produis ces podcasts informatifs, amusants, et très intelligents. Merci de tout ce travail que tu fais pour nous informer au sujet de la langue et la culture françaises. Comme toujours, je suis tellement reconnaissant de ton travail important ! —Michel Elinski à NY

    1. Complètement d’accord! Réflexion intéressante sur la différence entre les mots masculins et féminins. Comme vous le dites dans votre vidéo sur YouTube, en ce qui concerne le genre du mot Covid, il est vrai qu’il y a plus de choses nécessaires à traiter. Merci Hugo!

  3. Merci beaucoup pour ce podcast très informatif! Relié a ce sujet, considériez-vous de faire un épisode sur les pronoms non-binaire (iel, ille, etc.)? J’ai des proches qui utilisent « they » en anglais mais il me semble d’être bien plus complexe de faire l’equivalent en français.

  4. Je me souviens très bien d’une façon de rappeler le genre des mots qui se terminent avec -age. Je l’ai reçue quand j’avais dix ans, c’est à dire il y a soixante-quinze ans:
    There was a young lady called Millicent Gage
    Who saw her image photographed on a page.
    She flew into a rage,
    Got into a cage,
    Went down to the plage,
    And indulged in some nage.

  5. Coucou! Merci pour ce podcast, très interessant! Quand tu mis un mot (la transcription) en anglais, c’est genial! Mais j’ai vu que ‘se disputer’ est vide, tout simplement pour te prévenir!

  6. Merci Hugo pour ce podcast à propos de la langue française et le sexisme des langues. Je l’ai trouvé fascinant et très fort informé par les recherches linguistiques. J’ai appris beaucoup plus qu’un peu de français.

  7. Salut, Hugo.

    Puisque je suis ancien enseignant du latin et du grec, je veux faire quelques observations sur genre grammatical sur ces deux langues. Comme tu as noté, le gendre c’est un système de classification, mais il faut préciser la classification de quoi. On ne classifie pas une table comme « féminine » et un pons comme « masculin » , main on classifie les noms selon le comportement des adjectifs vis à vis ces noms. Parmis les Grecs anciens, c’était une façon de décrir ce qu’ils voyaient dans leur langue. Dans leur langue, comme dans latin — une langue « cousine » à la leurs — chaque nom avait la capacité de « faire réagir » quelconque adjectif avec lequel il entre en contact. Il y avait trois variétés de « réactions ». Dans notre ère, nous pourrions utiliser une métaphore d’électricité pour caracteriser ce phénomène linquistique, comme « positif » , « negatif » et « neutre » . À regarder les mots seuls, on ne peux pas distinguer les trois « types » ; par example, en grec les mots eros, epos, et hodos ( respectivement “désire”, “mot”, “rue” ) ont la même forme au primier coup d’œuil. Ce potentiel inhérent au mot c’est « invisible » , pour ainsi dire. Mais, le présence d’un adjectif révèle que “désire” c’est positif, “mot” neutre, “rue” negatif : ho eros, to epos, hē hodos. Les Grecs observaient qu’enclus dans les mots du type « hē hodos » ce trouvent presque tous les mots désignants soit des personnes soit des animaux de sexe femelles : hē gunē ( “la femme” ) , hē trapeza ( “la table” ) , hē nux ( “la nuit” ) , hē basis ( “la fondation” ) , etc. ; alors, les Grecs décrivaient cette catégorie de mots comme des mots « femelles ». C’est un abbrèvement métaphorique qui signifie que les adjectifs « réagissent » avec eux en utilisant les mêmes désinance qu’avec les noms pour les êtres biologiquement femelles. Par contre, les mots du type « ho eros » se sont caractérisés comme des mots « masculins » car dans cette catégorie sont enclus presque tous les mots désignant soit des persons soit des animaux de sexe masculin. Les mots comme « to epos » sont caractérisés comme « neutre », ce qui veut dire « ni l’un ni l’autre des deux » . Je dis « presque » parce que les Grec ont établi une quatrième catégorie de gendre commun des mots qui peut être soit masculins soit féminins, selon le sexe biologique de l’être : ho anthrōpos, hē anthrōpos — « un humain / une humaine ». ( Pas tous êtres avec sexe biologique sont masculins or féminins : les jeunes gens en grecs, par example, sont neutre : paidion ) Les Romains ont approprié ce système de classification des mots des Grecs, le vocabulaire technique enclu. Le mot genus ( grec genos ) , d’où « gendre » , signifie « classifcation » , pas sexe biologique ( ce qui est en latin sexus ) . Alors, les grammairiens romains identifiaient quatre classifications ou genera des mots : les mots dits « masculins » , les mots « féminins » , les mots « neutres » et les mots de « gendre commun » . Par example, pour la dernière catégorie : hunc canem ( “ce chien” ) , hanc canem ( “cette chienne” ) ; hunc hominem ( “cet humain” ) ; hanc hominem ( “ cette humaine” ) [ Je donne les examples dans le cas accusatif. ] Désigner le mot “table” « féminin » ce n’est pas décrire la table même comme féminine, mais ça veut dire que les adjectifs manifestent les mêmes désinances en « réaction » à ce mot qu’ils ont en présence des mots désignants des personnes ou des animaux biologiques femelles : hanc fēminam, ( “cette femme” ) , hanc mēnsam, ( “cette table” ) , hanc vocem, ( “cette voix” ) , hanc manum, ( “cette main” ) , hanc turrim, ( “cette tour” ) , etc. En latin quelques mots pouvent avoir plusieurs gendres, selon le sense ou selon le usage. Le mot diēs, « jour » est en général masculin, mais pour désigner un jour précis, un jour de fête, par example, c’est féminin. Le mot locus « lieu » est masculin dans le singulier, mais neutre au pluriel ( loca ), pour désigner des endroits, mais pour des passages de litérature, au pluriel c’est utilisé en gendre masculin ( loci ) — type de nom dit « hétéroclyte » . Finalement, même en antiquité on voit des mots qui sont en train de changer leur « alignement » de gendre : “cette limite / fin ” — hunc finem ( masc. ) > hanc finem ( fém. ) Comme en anglais ( he, she, it ), des traces du neutre gendre subsistent dans des formes pronominaux dans quelques langues romains, e.g. espagnole el que (masc.), la que (fém.), lo que (neut.); je me demande si, en francais aussi, quand l’on dit « ce que » ça c’en est un vestige.

    Thomas Knight
    Nîmes, France

  8. Salut,

    Dans ce podcast numéro 84, Hugo a dit :
    Les femmes gagnent en moyenne entre 20 et 25 % de moins que les hommes. Alors peut-être que pour faire changer les mentalités, il faut aussi changer la langue.

    Ça intéressant chez moi parce que j’ai une amie qui pense le contraire. Selon lui, le chemin pour garder l’équité est de changer pas l’attribution de sexe à une profession. Ainsi, elle refuse utiliser le description « actress » pour désigner une femme dans un film. Non, elle préfère « actor » même si elle est féminine !

    Je pense il crée un mélange de confusion dans un monde remplit avec complication.

    Ailleurs, ça signifie que le débat vibre en Angleterre autant que la France.

    Colin

  9. Je crois que la société française change lentement. Pendant des siècles c’étaient les hommes qui avaient accès aux professions  » masculines ». La plupart des médecins, des ingénieurs, des politiciens étaient les hommes. Avec l évolution de la société, les femmes ont commencé à occuper ces professions aussi. C’est naturel que la langue évolue aussi pour refléter ce changement dans la culture et la société française.
    L’inégalité des salaires existent toujours. C’est la même situation aux États-Unis. On n’a pas les genres masculins ou féminins en anglais, mais on a néanmoins des pensées masculines ou féminines qui sont liées à certaines professions à cause de l’évolution de la société américaine. Heureusement aux États-Unis et en France, la société continue à changer. Un jour il y aura l’égalité entre les femmes et les hommes dans nos pays.
    C’est un sujet polémique et compliqué mais très important. Merci mille fois Hugo d’avoir traité ce sujet.😊

  10. Quel excellent podcast ! C’était un résumé fascinant de l’histoire de l’usage du genre dans la langue française et de la pensée des linguistes sur le genre dans la langue. Et le tout compréhensible pour les étudiants de français au niveau intermédiaire. Merci !

Laisser un commentaire