Le Terminator des profs de français

17 avril 2026

Salut,

Depuis quelques années, je reçois régulièrement des propositions de partenariat pour des applications d’apprentissage du français grâce à l’IA.

Au début, je refusais systématiquement parce que j’avais peur de ces nouveaux concurrents1.

Mais en discutant avec des collègues, j’ai réalisé que l’IA pourrait être un complément intéressant à nos cours.

Évidemment2, avant de recommander une de ces apps, il fallait d’abord que je les teste.

Le problème, c’est que j’avais la flemme3 de le faire.

Une énorme flemme !

Heureusement, j’avais le cobaye idéal sous la main4 : ma copine.

Comme vous le savez si vous avez écouté cet épisode, ses tentatives pour apprendre le français avec moi n’ont pas été très fructueuses5

J’étais moins engagé qu’avec mes « vrais » élèves.

Elle était moins studieuse qu’avec un « vrai » prof.

Bref, je lui ai proposé de tester une de ces apps qui me semblait prometteuse.

Après sa première session, elle était enthousiaste.

Elle avait pu pratiquer la conversation et recevoir des corrections détaillées.

Et, apparemment, cette prof virtuelle était beaucoup plus patiente que moi !

Un peu vexé6, j’ai vérifié les commentaires de l’IA, prêt à pointer du doigt la moindre erreur.

Malheureusement, toutes ses suggestions étaient correctes…

L’app s’était parfaitement adaptée au niveau de ma copine.

Elle lui avait posé des questions pertinentes pour relancer la conversation.

Elle avait même fait des blagues !

J’avais sous les yeux le Terminator des profs de langue.

Plus sérieusement, je ne voyais pas de raison « pédagogique » de ne pas recommander cette app à nos élèves.

J’ai quand même7 voulu attendre que ma copine la teste plus longtemps.

La semaine suivante, je lui ai demandé si elle l’avait utilisée.

« Ah non, pas eu le temps. »

La semaine d’après non plus.

Au bout d’un mois, j’ai arrêté de lui demander.

Et elle n’a jamais rouvert l’application.

Bien sûr, on ne peut pas tirer de conclusion de cette seule expérience.

Je connais d’autres personnes qui utilisent ce genre d’apps régulièrement et qui en sont très contentes.

Mais j’ai compris pourquoi, personnellement, je n’avais pas envie de les recommander.

Il y a un linguiste américain, Bill VanPatten, qui a popularisé une idée toute simple :

On n’apprend pas une langue en « pratiquant ». On l’apprend en communiquant.

Et selon lui, communiquer, ce n’est pas juste « échanger des phrases ».

C’est exprimer et interpréter des idées ou des émotions avec une intention.

Autrement dit : il faut un enjeu8. Quelque chose à obtenir, à comprendre, à partager. 

Sinon, on « parle pour ne rien dire ».

Notre cerveau9 le sent, et il n’utilise pas ces échanges pour faire les connexions « formes » ↔ « significations » qui sont la base de l’apprentissage d’une langue.

C’est le problème de ces apps.

Elles proposent des conversations techniquement parfaites, mais sans aucun enjeu.

C’est un peu comme jouer au tennis contre une machine lance balle.

Ça peut être utile de temps en temps, mais ça n’a rien à voir avec10 un match contre un vrai joueur !

Bon weekend,
Hugo

PS : je ne suis pas contre l’IA dans l’absolu. Si vous n’avez personne avec qui parler français, c’est mieux que rien ! Mais si vous le pouvez, cherchez des échanges qui ont du sens. Même imparfaits, même maladroits. C’est là que la langue s’acquiert vraiment 🎾

  1. competitors
  2. obviously
  3. I couldn’t be bothered
  4. at hand
  5. fruitful, successful
  6. upset
  7. still
  8. stake
  9. brain
  10. nothing to do with

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Commentaires

  1. Frank

    Salut Hugo,

    Merci pour cette réflexion, je l’ai lue avec beaucoup d’intérêt. Ton analogie avec la machine à balles au tennis m’a fait sourire.

    Je me demande quand même si l’IA ne peut pas jouer un rôle plus utile que celui d’une simple machine à balles. Pour beaucoup d’apprenants, l’obstacle principal reste simplement… de parler. Parler souvent, sans trop réfléchir, et répéter certaines structures jusqu’à ce qu’elles deviennent naturelles. Dans ce sens, une conversation avec une IA peut être une façon assez pratique de pratiquer quelques minutes par jour.

    L’exemple de ta copine m’a aussi fait réfléchir. Si on vit avec un locuteur natif, l’IA devient évidemment moins indispensable. Mais pour quelqu’un qui n’a pas cette chance, elle peut peut-être servir de partenaire de conversation assez accessible.

    Enfin, sur l’idée de Bill VanPatten : je comprends bien l’importance de la communication avec un vrai enjeu. Mais je me demande si le fait de répéter et de tester des formes linguistiques – même dans un cadre un peu artificiel – ne contribue pas aussi à faire ces fameuses connexions entre forme et sens.

    Bref, je vois peut-être l’IA comme un complément : pas un remplacement de la vraie communication, mais un outil pour parler un peu plus souvent.

    Curieux de savoir ce que tu en penses !

    Frank

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